Les Îles Salomon ouvrent leurs eaux aux garde-côtes américains malgré leur accord avec la Chine

Les Îles Salomon vont autoriser les garde-côtes américains à patrouiller dans leurs eaux territoriales aux côtés de policiers locaux. Cette décision marque un rapprochement notable avec Washington, alors que le gouvernement envisage parallèlement de réexaminer le controversé accord de sécurité signé avec la Chine en 2022.
Un accord maritime entre Washington et Honiara
Le Premier ministre des Îles Salomon, Matthew Wale, a annoncé la signature prochaine d’un accord autorisant les navires de l’US Coast Guard à mener des missions de surveillance dans la vaste zone économique exclusive de l’archipel.
L’accord, appelé « ship rider agreement », doit être officiellement signé à Honiara. Il permettra à des policiers salomonais d’embarquer à bord de bâtiments américains afin de participer aux contrôles et aux interceptions menés dans les eaux nationales.
Matthew Wale a confirmé cette coopération lors d’un déplacement à Washington, au cours duquel il a rencontré le vice-commandant des garde-côtes américains, l’amiral Thomas Allan.
Lutte contre les trafics et la pêche illégale
Le gouvernement des Îles Salomon présente cet accord comme une réponse à l’augmentation des menaces maritimes dans le Pacifique.
Les nouvelles patrouilles devront notamment permettre de renforcer la lutte contre le trafic de drogue, la traite des êtres humains et la pêche illégale, non déclarée et non réglementée.
L’enjeu économique est particulièrement important pour l’archipel, qui dispose d’une immense zone maritime et dépend fortement de l’exploitation du thon. Les autorités salomonaises ne disposent cependant que de moyens limités pour contrôler seules plusieurs centaines de milliers de kilomètres carrés d’océan.
Les garde-côtes américains multiplient depuis plusieurs années ce type de coopération avec les États insulaires du Pacifique. Des policiers locaux peuvent ainsi exercer leurs propres compétences juridiques depuis des navires américains et procéder à l’inspection de bâtiments suspects.
Un tournant après plusieurs années de rapprochement avec Pékin
Cette ouverture aux États-Unis représente un changement important pour les Îles Salomon, devenues l’un des principaux partenaires stratégiques de la Chine dans le Pacifique Sud sous le gouvernement précédent.
En 2022, Honiara avait signé avec Pékin un accord de sécurité resté largement confidentiel. Le texte avait suscité de fortes inquiétudes en Australie et aux États-Unis, qui redoutaient qu’il puisse permettre à la Chine d’établir à terme une présence militaire permanente dans l’archipel.
La même année, un navire des garde-côtes américains n’avait pas obtenu l’autorisation d’effectuer une escale dans le pays.
Élu Premier ministre en mai 2026 avec la promesse de modifier la politique menée par son prédécesseur, Matthew Wale a depuis annoncé que l’accord sécuritaire chinois serait examiné par son gouvernement. Il n’a toutefois pas encore indiqué s’il souhaitait l’annuler, le renégocier ou simplement en clarifier les conditions.
Les Îles Salomon cherchent un nouvel équilibre diplomatique
Matthew Wale semble vouloir rééquilibrer les relations extérieures de son pays sans rompre officiellement avec Pékin.
À Washington, le Premier ministre a également rencontré le secrétaire d’État adjoint américain Christopher Landau afin d’évoquer le renforcement des relations bilatérales et de possibles investissements américains.
Les discussions ont notamment porté sur le développement de Bina Harbour, où les autorités salomonaises souhaitent construire une usine de transformation du thon destinée à l’exportation.
L’intérêt précédemment prêté à la Chine pour ce projet portuaire avait inquiété l’Australie, qui redoutait que les infrastructures puissent un jour servir à des activités civiles et militaires.
Le nouveau chef du gouvernement doit également poursuivre son déplacement diplomatique au Japon. Cette série de rencontres confirme la volonté de Honiara de diversifier ses partenariats, dans une région devenue l’un des principaux terrains de compétition stratégique entre la Chine, les États-Unis, l’Australie et leurs alliés.

