Onze secteurs, et ce qu'il y a dessous

Mardi 21 juillet, le congrès de la Nouvelle-Calédonie a adopté la délibération fixant à onze le nombre de membres du 19ème gouvernement. Dans la foulée, le conseiller Johanito Wamytan a publié le détail des onze secteurs appelés à être répartis entre les futurs membres, qui seront élus le 31 juillet.
La liste se lit d'abord comme un organigramme de politiques publiques : mines et énergie - économie et fiscalité - budget et finances - enseignement - urbanisme et logement - santé et protection sociale - travail et emploi - agriculture - environnement - culture, jeunesse et sports. Et un secteur composite associant comptes sociaux, handicap, transports, mobilité, relations extérieures, sécurité civile, relations avec le congrès et francophonie.
Mais cette lecture n'épuise pas le sujet. Car en Nouvelle-Calédonie, un secteur gouvernemental ne se résume pas à une politique : il emporte la tutelle d'organismes publics et parapublics - avec leurs budgets, leurs effectifs, leurs conseils d'administration et leurs nominations.
Ce que pèsent les satellites
Selon les données publiées par la direction du budget et des affaires financières, la Nouvelle-Calédonie compte 26 établissements publics. Pour l'exercice 2024, et hors les trois établissements hospitaliers dont les données ne sont pas publiées, ces structures représentent environ 136,7 milliards de francs CFP de dépenses et 2 159 équivalents temps plein.
À titre de comparaison, la chambre territoriale des comptes évaluait en octobre 2025 les effectifs budgétaires de la Nouvelle-Calédonie elle-même - gouvernement et directions - à 1 949 postes en moyenne entre 2019 et 2024. Les satellites emploient donc davantage que la collectivité qui en assure la tutelle.
La physionomie de ces établissements varie fortement. Certains sont des opérateurs de terrain : l'OPT et ses 1 179 agents, l'OCEF et ses 105 agents. D'autres fonctionnent comme des structures de flux, où transitent des masses financières considérables avec des équipes réduites. L'agence sanitaire et sociale gère 49,9 milliards de francs CFP avec 46 agents. La caisse locale de retraites, 22,3 milliards avec 8 agents. L'agence pour la desserte aérienne, 2,29 milliards avec 3 agents. L'agence de remboursement de la dette Covid, 2,14 milliards avec un seul agent.
À ce premier cercle s'ajoutent d'autres strates, juridiquement distinctes : une vingtaine de sociétés d'économie mixte, une autorité administrative indépendante - l'Autorité de la concurrence - des groupements d'intérêt public, des chambres consulaires et des associations financées par convention publique.
S'y ajoute enfin la couche des instances consultatives. En séance publique du congrès, le 19 janvier 2026, la conseillère Nina Julié indiquait, note du gouvernement à l'appui : « Il y a 50 instances consultatives au niveau de la Nouvelle-Calédonie. Certaines actives, mais la plupart finalement inactives, par manque de moyens. » La motion préjudicielle qu'elle défendait ce jour-là - adoptée - visait précisément à ne pas en créer une cinquante-et-unième.
Un effectif public au plus haut historique
Les données de la direction des ressources humaines de la fonction publique de Nouvelle-Calédonie complètent le tableau. En mai 2026, la fonction publique territoriale compte 11 605 fonctionnaires, hors contractuels - contre 10 908 fin 2021. Soit une progression de 6,4 % en quatre ans et demi, et le plus haut niveau jamais atteint de son histoire.
Cette progression s'est poursuivie sans interruption à travers la crise : 334 agents supplémentaires entre décembre 2023 et décembre 2025, puis 87 encore entre décembre 2025 et mai 2026. Sur la même période, la Maison de la Nouvelle-Calédonie à Paris fermait ses portes faute de financement, et la société Nouvelle-Calédonie Énergie était dissoute. Les structures se ferment ; les effectifs montent.
La composition interne évolue elle aussi : la catégorie A - cadres et fonctions supérieures - représente désormais 48 % des fonctionnaires, contre 46,1 % en 2021, tandis que les catégories d'exécution reculent. Près d'un agent public sur deux relève aujourd'hui de l'encadrement. Ainsi, dans le secteur public calédonien, il y a autant de chefs que d’exécutants.
La masse salariale mensuelle estimée, brut et charges comprises, se maintient autour de 6,3 milliards de francs CFP, soit environ 75 milliards par an, hors contractuels et hors primes.
Le contrôleur qui tourne autour
Face à cet ensemble, une institution a entrepris, pièce par pièce, un travail d'inventaire : la chambre territoriale des comptes.
Dans son rapport d'octobre 2025 sur la gestion des ressources humaines de la Nouvelle-Calédonie, elle constate que la collecte des données sociales des autres collectivités et des établissements publics est « déficiente », et recommande de renforcer les outils permettant de collecter les données des différents employeurs. Sa première recommandation, avec échéance 2026, demande au gouvernement de répartir la masse salariale et les effectifs entre les missions et les programmes du budget principal - autrement dit, de savoir précisément qui fait quoi, et à quel coût.
En décembre 2025, son contrôle de l'agence pour la desserte aérienne décrivait un établissement gérant 2,29 milliards de francs par an dont le conseil d'administration ne respectait ni les délais de convocation ni l'établissement des procès-verbaux, dont les administrateurs devaient être sensibilisés « à la nécessité d'assiduité », et dont le poste de vice-président restait vacant. La chambre y réitérait une recommandation déjà formulée - et restée sans suite : que la Nouvelle-Calédonie définisse enfin une stratégie de desserte aérienne et la soumette au congrès.
En octobre 2023, son rapport sur Nouvelle-Calédonie Énergie pointait « une succession d'errements » dans le pilotage de la société. Celle-ci a été dissoute deux ans plus tard, en toute discrétion, le 15 décembre 2025.
En mars 2026, le rapport annuel de la CTC faisait état de treize rapports publiés et de 2 500 dossiers examinés sur le seul exercice écoulé - des casinos aux frais des élus, en passant par la bibliothèque Bernheim, dont elle établissait que la trésorerie ne permettait pas de fonctionner au-delà du mois d'août.
Le 31 juillet, et après
La répartition des secteurs entre les onze membres du futur gouvernement sera décidée collégialement après leur élection. Chaque secteur emportera son lot de tutelles : conseils d'administration à présider ou à pourvoir, directions à nommer, subventions à instruire, budgets à approuver.
On sait désormais, au fonctionnaire près, combien la Nouvelle-Calédonie emploie d'agents. On ne sait toujours pas, en revanche, combien elle entretient de structures, ce qu'elles coûtent en cumulé, ni qui y siège effectivement. La première liste existe. La secondereste à établir.
C'est la chambre territoriale des comptes qui, rapport après rapport, recommandation réitérée après recommandation réitérée, a commencé à l'écrire. Méthodiquement. Le périmètre est vaste, le travail est loin d'être achevé - mais il est engagé, il est public, et il ne dépend d'aucune majorité.
Les onze membres qui seront élus le 31 juillet hériteront chacun d'une part de cet ensemble. Ils sauront, en lisant les rapports déjà publiés, que quelqu'un tient les comptes.
