Incendie Sevran : une femme morte, deux pompiers blessés

Un immeuble de treize étages, six appartements ravagés, une vie perdue. Et deux sapeurs-pompiers de Paris qui ont payé de leur chair l'intervention.
Un feu parti du dixième étage, six appartements touchés
Lundi, peu avant midi. Le feu prend au dixième étage d'un bâtiment qui en compte treize, à Sevran, en Seine-Saint-Denis.
Ce qui suit va vite. Très vite.
Six appartements sont touchés au total. Trois sont calcinés. Dans l'un d'eux, les secours découvrent le corps sans vie d'une personne.
Quelque 115 pompiers ont été engagés pour maîtriser le sinistre, selon la Sécurité civile. Le chiffre dit tout de l'ampleur de l'intervention : un immeuble de grande hauteur, un feu en étage élevé, des logements mitoyens, des fumées qui montent et se propagent par les gaines et les cages d'escalier. Chaque minute compte, et chaque minute coûte.
Le parquet de Bobigny a confirmé mardi à l'AFP le décès d'une femme née en 1974. Une femme d'une cinquantaine d'années, donc. Une locataire de cet immeuble comme tant d'autres, dont la vie s'est achevée dans un appartement réduit en cendres.
Les informations ont été recueillies mardi de sources policières et judiciaires.
Deux soldats du feu payent le prix de l'intervention
On oublie trop souvent ceux qui montent quand tout le monde descend.
Deux militaires de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris ont été blessés durant l'intervention. L'un légèrement. L'autre grièvement, en raison d'inhalation de fumées toxiques, selon la police.
L'inhalation de fumées, ce n'est pas un détail administratif dans un communiqué. C'est le poumon qui brûle de l'intérieur. C'est ce qui tue le plus dans un incendie d'habitation, bien davantage que les flammes elles-mêmes.
Ces deux hommes sont des militaires. La BSPP est une unité de l'armée de Terre, et ses membres sont soumis au statut militaire. Ils ne comptent pas leurs heures. Ils ne négocient pas leur engagement. Ils montent.
Il faut le rappeler quand l'actualité, ailleurs, raconte des pompiers caillassés, des véhicules de secours pris pour cible, des interventions qui tournent au guet-apens. À Sevran, lundi, la seule chose qui a agressé les secours, c'est le feu. Mais l'un d'eux en sortira marqué.
Deux blessés, dont un grave. Le bilan aurait pu être bien plus lourd.
Une enquête qui devra dire ce que l'on savait, et quand
C'est ici que le dossier devient difficile.
Selon les premiers éléments de l'enquête livrés par la préfecture de police, la victime décédée aurait été connue pour des tentatives d'incendie préalables.
Et il y a plus précis encore. Vendredi dernier quelques jours seulement avant le drame elle avait été soupçonnée d'avoir jeté des objets enflammés sur le balcon d'un voisin, a-t-on indiqué de source judiciaire.
Vendredi. Puis lundi.
Le parquet indique que l'enquête déterminera les éventuels antécédents psychiatriques de la femme décédée. À ce stade, il n'a pu confirmer aucun élément objectif sur une pathologie psychiatrique. Il faut s'en tenir strictement à cela : rien n'est établi, et il n'appartient à personne de conclure à la place des magistrats.
Mais une chose relève du simple bon sens et non de la spéculation : entre le signalement de vendredi et le sinistre de lundi, il s'est écoulé un week-end. Ce que l'enquête devra établir, c'est ce qui a été fait de ce signalement.
Voilà la vraie question. Pas une question idéologique. Une question de chaîne de responsabilité.
Combien de fois, dans ce pays, apprend-on après coup qu'un individu était « connu » ? Connu des services. Connu du bailleur. Connu des voisins, qui, eux, savaient parfaitement à quoi s'en tenir et le disaient sans doute depuis des mois.
Le mot « connu » revient dans nos faits divers avec une régularité qui devrait nous alerter. Car il signifie que l'information existait. Qu'elle avait circulé. Et qu'elle n'a pas suffi.
L'enquête devra le dire. C'est son rôle, et il faut lui laisser faire son travail sans lui souffler ses conclusions.
Ce qui demeure, en attendant, tient en peu de mots. Une femme est morte à Sevran, brûlée dans son appartement.
Des dizaines de familles ont vu leur immeuble ravagé, leurs logements détruits, leur quotidien renversé en une heure.
Cent quinze pompiers ont travaillé pour que le bilan ne soit pas pire. Et deux d'entre eux sont sortis blessés de ce bâtiment, dont un dans un état grave.
C'est à eux qu'il faut penser d'abord.
(Crédit photo : Riccardo Milani / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)

