Le chiffre qui change tout sur la jeunesse calédonienne

Six mois. Une plateforme. Et déjà près d'un jeune Calédonien sur trois. Le pass Culture s'installe sur le Caillou, et les chiffres parlent plus fort que les procès d'intention.
Un démarrage que peu attendaient
Ce mardi 18 août, les services du Haut-Commissariat de la République en Nouvelle-Calédonie ont dressé le premier bilan du déploiement du pass Culture sur le territoire. Le constat est net : le dispositif a pris.
Six mois. C'est le temps qu'il aura fallu pour convaincre près de 2 200 jeunes de s'inscrire et plus d'une centaine d'acteurs culturels de proposer leurs offres sur la plateforme.
Trente pour cent de la population concernée dans les tranches d'âge éligibles. Le chiffre mérite qu'on s'y arrête, d'autant que le dispositif n'était jusqu'ici déployé qu'en province Sud.
Porté conjointement par le ministère de la Culture et le ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse, le pass Culture n'est pas une expérimentation calédonienne. C'est un outil national, éprouvé, que l'État a choisi d'étendre au Caillou.
Et il fonctionne.
Dans l'Hexagone comme dans les départements d'Outre-mer, le dispositif est désormais ancré dans les usages. Près de 5 millions de jeunes en ont bénéficié. Environ 90 % des jeunes de 18 ans s'en sont saisis.
Ces chiffres ne relèvent pas de la communication institutionnelle. Ils traduisent une réalité simple : quand on donne aux jeunes un accès direct à la culture, ils le prennent.
Aux Antilles, où le pass est déployé depuis près de cinq ans, le taux de diffusion auprès des jeunes dépasse aujourd'hui 90 %. La Nouvelle-Calédonie n'en est qu'au début de cette trajectoire.
Atteindre 30 % de la cible en six mois, dans ces conditions, constitue un démarrage particulièrement significatif.
Il faut le dire clairement : ce résultat n'est pas tombé du ciel. Il tient à l'engagement précoce de la province Sud, qui s'est saisie du dossier sans attendre, et à la mobilisation d'acteurs culturels locaux qui ont joué le jeu.
Cinéma, livre, musique : ce que révèlent les premières données
Les premières remontées offrent un instantané des pratiques culturelles de la jeunesse calédonienne. Un instantané instructif.
Le cinéma arrive largement en tête des réservations. Sans surprise, sans doute, mais avec une avance qui en dit long sur l'attachement des jeunes à la salle obscure, à l'heure où l'on nous répète que les écrans individuels auraient tout emporté.
La littérature occupe également une place importante. Le livre résiste. Mieux : il attire.
La musique suit de près, notamment à travers l'achat d'instruments. Là encore, le détail compte. Acheter un instrument, ce n'est pas consommer une offre culturelle, c'est s'engager dans une pratique. C'est décider d'apprendre.
Ces données ne sont pas anecdotiques. Elles permettront progressivement de mieux comprendre les attentes des jeunes Calédoniens et de suivre l'évolution de leurs usages.
Elles seront aussi utiles aux acteurs culturels du territoire, qui pourront adapter et diversifier leurs propositions en fonction de ce que la jeunesse demande réellement et non de ce que l'on suppose qu'elle demande.
C'est là toute la différence entre une politique culturelle descendante et un dispositif qui laisse le choix au bénéficiaire.
Trois provinces, une même ambition
Une nouvelle étape vient d'être franchie. Les provinces Nord et des Îles Loyauté ont à leur tour délibéré en faveur du déploiement du pass Culture sur leur territoire.
Le dispositif couvrira donc l'ensemble de la Nouvelle-Calédonie. L'enjeu dépasse la simple augmentation du nombre de bénéficiaires. Il s'agit de prendre en compte la réalité géographique du territoire, avec ses distances, ses îles, ses déséquilibres d'équipement.
La question de l'offre disponible dans chaque zone sera naturellement centrale. Le pass doit d'abord permettre de mieux valoriser ce qui existe déjà : cinémas, librairies, spectacles, festivals, foires, ateliers, pratiques artistiques et propositions portées par les acteurs locaux.
Le pass Culture s'adresse actuellement en Nouvelle-Calédonie aux jeunes de 17 et 18 ans. Après ces premiers mois de fonctionnement, l'objectif affiché est d'élargir progressivement le nombre et la diversité des offres.
Les grands rendez-vous culturels du territoire ont vocation à y trouver leur place dès lors qu'ils répondent aux critères du dispositif.
Les prochaines Francofolies de Nouvelle-Calédonie sont désormais accessibles dans ce cadre. D'autres événements pourront suivre dans les prochains mois.
L'expérience nationale montre l'intérêt de cette diversité. Le pass permet à un jeune d'aller au cinéma ou d'acheter un livre. Il lui permet aussi de découvrir un concert, un spectacle, une pratique artistique, un lieu culturel dont il ignorait l'existence.
C'est cette dimension de découverte qui fait la valeur du dispositif.
Reste un point qu'il convient de rappeler, parce qu'il est régulièrement mal compris. Le pass Culture ne se substitue à aucune politique publique. Il vient en complément de ce que conduisent le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie et les provinces en faveur de la jeunesse et de la culture.
Ce n'est ni une tutelle, ni un transfert de compétence déguisé. C'est un outil supplémentaire, qui met les jeunes directement en relation avec les acteurs culturels du territoire, sans intermédiaire et sans filtre.
Dans une période où la Nouvelle-Calédonie affronte des difficultés considérables, ce type de dispositif rappelle une évidence souvent occultée : la solidarité nationale ne se résume pas à des lignes budgétaires. Elle passe aussi par l'accès concret des jeunes à un livre, à une salle, à un instrument.
Environ 2 200 inscrits. Plusieurs milliers d'offres. Une extension actée aux trois provinces.
Le bilan des six premiers mois est positif. La dynamique est lancée. L'enjeu des prochains mois sera de la tenir.
(Crédit photo : Château Hagen-province Sud)

