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Courrier des lecteurs

« On a perdu bien plus qu'une voiture »

22 août 2026 à 17:35
3 min de lecture
« On a perdu bien plus qu'une voiture »

Résumé IA

À l'aube, Sandra découvre que sa voiture, seul véhicule familial, a été volée puis incendiée devant son domicile. Sans assurance adaptée, la famille fait face à des difficultés financières et logistiques, les enfants étant perturbés et le sentiment de sécurité perdu.

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Le témoignage d'une famille après le vol et l'incendie de leur véhicule

Il est un peu plus de 5 heures du matin quand Sandra pousse le portail pour partir travailler. La place devant la maison est vide. À sa droite, sur le trottoir d'en face, une carcasse noircie fume encore. Elle met quelques secondes à comprendre que cette masse de tôle tordue, c'est sa voiture.

« J'ai d'abord cru qu'on me l'avait juste volée. J'ai appelé mon mari, je lui ai dit : "Ils ont pris la voiture." Et puis j'ai regardé de l'autre côté de la rue. Là, j'ai vu les jantes, le siège bébé à moitié fondu à l'arrière. J'ai raccroché. Je suis restée plantée là, en tenue de travail, à pleurer sur le trottoir. »

La voiture, une petite berline familiale achetée d'occasion trois ans plus tôt, était le seul véhicule du foyer. Sandra est aide-soignante, son mari Ludovic travaille sur des chantiers, souvent loin. Deux enfants, six et neuf ans.

Le quotidien qui déraille

Ce qui frappe, quand on écoute cette famille, ce n'est pas le drame spectaculaire. C'est l'accumulation des petites choses qui, du jour au lendemain, ne tiennent plus.

« Les gens pensent à la valeur de la voiture, explique Ludovic. Mais nous, ce qu'on a perdu, c'est notre organisation. Toute notre vie tournait autour de ce véhicule. »

Le lendemain matin, il faut déjà improviser. Emmener les enfants à l'école, à trois kilomètres. « On est partis à pied, dans le noir, avec les cartables. Le petit n'arrêtait pas de demander pourquoi on ne prenait pas la voiture. Comment tu expliques ça à un enfant de six ans ? »

Sandra travaille en horaires décalés. Sans véhicule, impossible de prendre son service à 5 heures : aucun bus ne circule à cette heure-là. Elle a dû, pendant plusieurs semaines, demander à des collègues de faire un détour pour venir la chercher. « Tu deviens dépendante de tout le monde. Tu comptes tes services. Tu t'excuses en permanence. À la fin, tu culpabilises juste d'exister. »

Le poids financier

L'assurance, au tiers, ne remboursait pas l'incendie. « On pensait être couverts. On ne l'était pas, ou pas pour ça, souffle Ludovic. On s'est retrouvés à zéro. Pas de voiture, et pas un franc pour en racheter une. »

Il a fallu un crédit. Des mois d'attente. Entre-temps, la famille a jonglé avec les covoiturages, les taxis pour les urgences, les courses portées à bout de bras.

Un plein de courses pour quatre, quand tu n'as pas de coffre et que tu marches, tu apprends vite à choisir ce qui est vraiment essentiel.

Ce qui ne se répare pas

Le plus dur, disent-ils, n'est pas matériel.

« Les enfants ont changé, raconte Sandra. Le grand se réveille la nuit. Il demande si "les gens" vont revenir. Il regarde par la fenêtre avant de dormir. Un enfant de neuf ans ne devrait pas faire ça. »

Le sentiment de sécurité, lui, ne revient pas avec un chèque. « Chez toi, devant chez toi, tu ne te sens plus tranquille. Tu entends un bruit dehors, tu te lèves. On a mis un détecteur, une caméra. Mais ce qu'on a vraiment perdu, c'est la tranquillité. Ça, personne ne te le rembourse. »

Ludovic reste un long moment silencieux avant de conclure :

On nous a pris une voiture, oui. Mais surtout, on nous a pris notre confiance. On a l'impression d'avoir été punis sans rien avoir fait. Le plus dur, c'est de devoir continuer, tous les matins, comme si de rien n'était, alors qu'au fond quelque chose s'est cassé.

Les prénoms ont été modifiés à la demande de la famille.