Macron snobe le pape, 600.000 fidèles répondent

Résumé IA
Emmanuel Macron ne participera à aucune messe du pape Léon XIV lors de son voyage à Paris, mais l'accueillera vendredi à Orly tout en étant représenté par Brigitte Macron et le Premier ministre Sébastien Lecornu. Près de 600.000 fidèles sont attendus samedi pour la messe géante place de la Concorde.
Ils seront 600.000 à prier sur la place de la Concorde. Lui n'y sera pas. Emmanuel Macron a tranché : aucune messe du pape Léon XIV ne le verra parmi les fidèles.
Un président à distance de l'autel
L'Élysée l'a confirmé ce mardi. Emmanuel Macron ne se rendra pas à la messe géante célébrée samedi par Léon XIV place de la Concorde. Ni à celle-ci, ni à aucune autre durant tout le voyage pontifical.
Le chef de l'État sera représenté. Brigitte Macron et le Premier ministre Sébastien Lecornu feront le déplacement. Mais le président, lui, restera en retrait.
La décision n'a pas été prise à la légère. Selon son entourage, elle intervient après de longues hésitations. On comprend pourquoi. En 2023 à Marseille, sa présence à la messe du pape François au stade Vélodrome avait déclenché une salve de critiques au nom de la laïcité. Un président français à une messe papale, cela ne s'était plus vu depuis près de vingt ans. Visiblement, l'Élysée ne souhaite pas rouvrir ce dossier.
Le protocole, en revanche, sera respecté à la lettre. Vendredi matin, Emmanuel Macron accueillera personnellement le souverain pontife à l'aéroport d'Orly. Suivra un entretien à l'Élysée, puis des discours croisés dans la salle des fêtes du palais, devant les autorités politiques, le corps diplomatique et la société civile.
Les deux hommes se retrouveront lundi à Metz. Le président pro-européen, puis le pape originaire de Chicago, y prendront la parole sur l'Europe. Les chefs d'État et de gouvernement des 26 autres pays de l'Union européenne ont été conviés à cette séquence.
Autrement dit : oui aux tribunes, non à l'autel.
L'ombre de la loi sur la fin de vie
Officiellement, Rome évoque des contraintes d'agenda. Une explication que tout le monde n'achète pas.
Pour Caroline Pigosi, spécialiste du Vatican, le contexte pèse lourd. La loi sur l'euthanasie, adoptée il y a quelques semaines, reste en travers de la gorge de l'Église. « Cette loi sur la fin de vie, c'est une chose pénible pour l'Église. Donc, le pape ne peut pas avoir l'air d'approuver », explique-t-elle. Et d'ajouter : « Si le président allait à la messe, ça créerait une confusion. »
Le message est limpide. Le Saint-Siège ne veut pas offrir d'image de communion à un pouvoir qui vient de légaliser ce que l'Église combat. Voir le président recevoir la bénédiction papale quelques semaines après ce vote aurait brouillé les repères de millions de catholiques.
La France officielle salue le pape. La France catholique, elle, va prier avec lui.
Une ferveur que Paris n'avait plus connue depuis 2008
Car pendant que l'Élysée pèse chaque geste, le pays réel se mobilise. Pour la première fois depuis Benoît XVI en 2008, un pape pose ses valises à Paris. Léon XIV y est attendu vendredi 25 et samedi 26 septembre, avant de rejoindre Metz et Lourdes.
Vendredi, atterrissage à 10 heures à Orly. Après l'Élysée et un déjeuner à la nonciature, le pape se rendra au siège de l'Unesco, dans le 7e arrondissement, pour y prononcer un discours. Une première depuis Jean-Paul II, en 1980.
Vers 15 heures, la papamobile s'élancera depuis l'église Notre-Dame-des-Champs. Boulevard du Montparnasse, Port-Royal, puis le boulevard Saint-Michel jusqu'à Notre-Dame de Paris. Dans la cathédrale relevée après l'incendie de 2019, Léon XIV présidera les vêpres avec évêques, prêtres, diacres, consacrés et séminaristes.
Le soir, cap sur le Stade de France. Vers 21 heures, le pape y rejoindra 80.000 jeunes catholiques pour une veillée, aux côtés de Mgr Étienne Guillet, plus jeune évêque de France. Sur scène, Monroe, qui a représenté la France à l'Eurovision cette année, Natasha St-Pier, Grégory Turpin, Anisha Jo, Les Frangines, le rappeur Tagra et le groupe Les Guetteurs.
Samedi matin, le pape visitera la Maison Bakhita, centre d'accompagnement et d'intégration sociale du 18e arrondissement. Puis l'Institut catholique de Paris, où il rencontrera l'assemblée synodale provinciale, les catéchumènes et les néophytes.
Et vient l'apothéose. À 15 heures, place de la Concorde et sur les Champs-Élysées, une messe géante d'environ une heure trente.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Les organisateurs tablaient sur 500.000 inscrits. Ils sont 600.000. Le périmètre a dû être étendu jusqu'à l'avenue de la Grande-Armée, de l'autre côté de l'Étoile. La participation reste libre et gratuite, mais les places non réservées partiront vite. Ouverture des portes à 9 heures, arrivée conseillée vers 11 heures, fermeture à 13 heures.
L'autel, dressé sur la Concorde, sera dominé par une croix de quatre mètres et une reproduction peinte de la rosace sud de Notre-Dame. Le cardinal Jean-Marc Aveline figurera parmi les cocélébrants, entourés de près de 2.000 prêtres et d'une centaine d'évêques.
Côté sécurité, l'État ne lésine pas. Près de 14.000 policiers mobilisés, épaulés par des gendarmes, des forces mobiles et les militaires de l'opération Sentinelle. Les fermetures de voies se multiplieront, surtout vendredi pendant le passage de la papamobile. Depuis le 16 septembre déjà, le bas des Champs-Élysées et la place de la Concorde sont interdits à la circulation.
Samedi, la plus grande place de Paris sera noire de monde. Des centaines de milliers de Français viendront affirmer, sans complexe, une foi que certains voudraient cantonner à la sphère privée. Le président, lui, aura choisi de regarder la scène de loin.
(Crédit photo : Handout / AFP)


