Aller au contenu
0%
Au delà du récif

Insécurité : le ministère avoue tout

8 novembre 2026 à 10:00
4 min de lecture
Insécurité : le ministère avoue tout

Résumé IA

L'enquête du SSMSI, publiée le 29 octobre 2026, révèle une hausse du sentiment d'insécurité en France entre 2024 et 2025, dans les quartiers, au domicile et dans les transports. Si le nombre de victimes se stabilise pour la majorité des atteintes en 2024, les vols et injures progressent sur un an.

Aa

Insécurité : les chiffres officiels confirment ce que les Français ressentent chaque jour.
Le ministère de l’Intérieur le reconnaît désormais : la peur progresse, partout.

Vandalisme, fraudes, injures : le quotidien abîmé

Il y a les statistiques. Et il y a ce que vivent les Français.

Chaque année, le service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) publie son enquête « Vécu et ressenti en matière de sécurité ». L’édition parue le 29 octobre 2026 dresse un constat à double lecture. D’un côté, le nombre de victimes se stabilise pour la majorité des atteintes en 2024. De l’autre, le sentiment d’insécurité progresse entre 2024 et 2025.

Une stabilisation de façade ? Les chiffres, eux, racontent une histoire plus longue.

L’enquête repose sur un échantillon massif : 200 000 personnes âgées de 18 ans et plus, interrogées en 2025, vivant en logement ordinaire en France hexagonale, en Martinique, en Guadeloupe et à La Réunion. Difficile de faire plus représentatif.

En 2024, trois atteintes dominent le paysage. Les actes de vandalisme contre les voitures. Les débits d’argent frauduleux. Les injures.

Rien de spectaculaire, diront certains. Pourtant, ces faits ont touché un peu plus de deux millions de personnes, soit entre 3,8 % et 5,7 % de la population majeure. C’est la délinquance du quotidien, celle qui use, celle qui ne fait pas la une mais qui empoisonne la vie ordinaire.

D’une année sur l’autre, entre 2023 et 2024, les évolutions restent modérées. Mais certaines hausses méritent qu’on s’y arrête.

Les vols d’objets dans ou sur la voiture grimpent de 10 %. Les personnes se déclarant victimes d’injures aussi, avec une progression de 10 %, plus marquée chez les femmes. Les victimes de débits frauduleux augmentent de 8 %, davantage chez les hommes. Les vols et tentatives de vol de voiture progressent de 7 %. Quant aux vols ou tentatives de vol avec effraction, ils gagnent 5 %.

C’est surtout sur la durée que le tableau s’assombrit.

Entre 2021 et 2024, les hausses sont nettement plus significatives, en particulier pour les discriminations, les fraudes bancaires et les injures. Les violences physiques hors vols, les vols dans ou sur les véhicules et les cambriolages suivent la même pente, dans une moindre mesure.

Trois ans. Une tendance de fond.

Quartiers, domicile, transports : la peur s’installe

Voici le cœur du sujet. Entre 2024 et 2025, le sentiment d’insécurité augmente de 5 % dans les quartiers et les villages, de 3 % au domicile et de 2 % dans les transports.

Le domicile. Le lieu censé protéger.

Interrogés sur ce qui les dérange concrètement près de chez eux, les Français ne parlent pas de concepts abstraits. Ils citent d’abord les infractions routières : rodéos, excès de vitesse, stationnements illégaux. Puis les dégradations, avec les portes d’entrée fracturées, les voitures incendiées, les vitres brisées, les tags et les casses. Viennent ensuite les vols, des cambriolages aux vols à l’arraché en passant par les vols de véhicules. Enfin, les nuisances liées à la consommation excessive d’alcool.

Ce sont les incivilités et les désordres visibles, ceux que l’on croise en sortant de chez soi.

Un enseignement mérite l’attention. Pour les atteintes aux personnes, les départements comptant le plus de victimes sont aussi ceux où la peur est la plus répandue. Logique. Pour les atteintes aux biens, en revanche, c’est l’inverse : la crainte touche surtout les départements les moins concernés par le phénomène.

Les victimes oubliées et le silence des plaintes

Qui sont les victimes d’atteintes à la personne ? L’enquête dessine des profils précis.

Les femmes sont les plus exposées aux violences sexuelles physiques. Les personnes à fortes limitations de déplacement subissent davantage le harcèlement moral, les menaces, les atteintes à la vie privée et les discriminations. Les 18-24 ans sont surreprésentés parmi les victimes de violences physiques et sexuelles ainsi que d’atteintes à la vie privée. Les catégories les plus modestes sont particulièrement touchées par ces dernières.

Et puis il y a ceux qui sont en première ligne : les actifs en contact direct avec le public. Injures, menaces, atteintes à la vie privée. Ceux qui servent, accueillent, vendent, soignent, et qui encaissent.

Reste un chiffre qui dit beaucoup.

Les taux de plainte pour atteintes à la personne sont dérisoires. 4 % pour les injures, 2 % pour les violences sexuelles non physiques, 1 % pour les discriminations. Selon l’enquête elle-même, cette faiblesse peut traduire une réticence des victimes à se tourner vers la police ou la gendarmerie.

Autrement dit, une large part de cette délinquance n’apparaît dans aucun registre officiel.

Les statistiques parlent de stabilisation. Les Français, eux, disent qu’ils ont davantage peur dans leur rue, dans leurs transports et jusque chez eux. Cette fois, c’est le ministère de l’Intérieur qui l’écrit noir sur blanc.

(Crédit photo : Giulia Morici/NurPhoto)