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Retraites : 385 milliards partis en fumée

8 novembre 2026 à 08:05
4 min de lecture
Retraites : 385 milliards partis en fumée

Résumé IA

Les réserves du régime de retraite CAFAT chutent de 50 milliards de francs en 2015 à 10,4 milliards en 2025, avec un déficit de 12,6 milliards. La FEINC attribue cette crise à l’effondrement de l’emploi privé et aux émeutes de 2024, réclamant l’ouverture du dossier de la retraite complémentaire.

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Cinquante milliards de francs de réserves en 2015. À peine plus de dix milliards dix ans plus tard.
Ce n’est pas la faute des cotisations : c’est l’emploi qui s’est effondré, et la retraite avec lui.

Quand l’emploi tenait, la retraite tenait

Le constat est brutal, et il vient du monde de l’entreprise. Dans sa dernière note Info Cagou, publiée le 6 novembre 2026, la FEINC dresse le bilan d’un régime de retraite CAFAT devenu lourdement déficitaire.

Sa thèse tient en une phrase. Le déficit des retraites en Nouvelle-Calédonie n’est pas d’abord une affaire de taux de cotisation. Il est d’abord le produit d’une chute de la création d’emplois.

Une évidence ? Peut-être. Mais une évidence que le débat public calédonien semble avoir perdue de vue.

Pendant longtemps, le pays a pu compter sur un atout simple : une population encore jeune, et une économie qui embauchait.

Les chiffres de la FEINC le rappellent. Entre 2000 et 2015, la Nouvelle-Calédonie créait en moyenne 1 800 emplois salariés supplémentaires par an. Dans le même temps, le nombre de retraités augmentait d’environ 960 par an.

Le calcul était favorable. Plus de cotisants arrivaient que de pensionnés. Le régime CAFAT dégageait des excédents, mettait de côté, préparait l’avenir.

En 2015, ses réserves atteignaient près de 50 milliards de francs.

Voilà ce que produit une économie qui crée de la richesse et du travail : des pensions financées, sans drame, sans plan d’urgence, sans hausse de prélèvements à répétition. Le modèle fonctionnait parce que le travail progressait.

L’effet de ciseaux, puis le choc des émeutes

La mécanique s’enraye dès 2012. La croissance ralentit, la création d’emplois s’essouffle. La FEINC pointe une économie confrontée à un déficit de capitaux, lui-même alimenté par le déséquilibre colossal de la balance commerciale. Les sorties de capitaux freinent la croissance, l’emploi et donc les recettes sociales.

Le résultat se lit dans un chiffre presque irréel. Entre 2016 et 2023, l’emploi privé ne progresse que de 230 salariés. Sur la même période, le nombre de retraités augmente de 9 900.

Deux cent trente d’un côté. Près de dix mille de l’autre.

C’est ce que la fédération appelle l’effet de ciseaux : des cotisations qui stagnent, des pensions toujours plus nombreuses à verser. Dès 2018, le régime bascule dans le rouge et commence à puiser dans ses réserves.

Puis vient 2024.

Les émeutes ont détruit des entreprises, et avec elles des milliers de postes. L’impact sur la retraite est immédiat. Entre 2023 et 2025, le régime perd près de 12 700 cotisants, alors que le nombre de pensionnés grimpe encore de près de 2 000.

En 2025, le déficit atteint 12,6 milliards de francs. Les réserves, elles, ne pèsent plus que 10,4 milliards.

Le basculement est vertigineux. En quelques années, un régime qui disposait de plus d’une année de pensions en réserve se retrouve dans une situation largement déficitaire. Ceux qui ont mis le feu au pays n’ont pas seulement brûlé des commerces et des usines. Ils ont aussi entamé la retraite de tous les Calédoniens.

Retraite complémentaire : le dossier qu’on refuse d’ouvrir

Il y a, dans la note de la FEINC, un passage qui mérite qu’on s’y arrête.

Depuis 2018, le régime CAFAT est en déficit. Pourtant, selon la fédération, les Calédoniens continuent de perdre près de 20 milliards de francs par an de cotisations versées à la retraite complémentaire CRE/IRCAFEX. Depuis 1995, cela représenterait environ 385 milliards, que la FEINC décrit comme partis en fumée.

Le point le plus sensible est ailleurs. D’après l’organisation patronale, ces excédents ne sont pas conservés au profit des Calédoniens : ils sont utilisés en totalité pour payer les retraites d’expatriés nationaux.

Autrement dit, le territoire peine à financer ses propres pensionnés, mais ses cotisations complémentaires servent à d’autres. La FEINC demande d’ouvrir enfin le dossier de la retraite complémentaire. Sur le fond, la question ne relève pas de la polémique. Elle relève de la bonne gestion.

Reste le cœur du message.

La fédération ne balaie pas les leviers classiques. Augmenter les cotisations, repousser l’âge de départ ou réduire les pensions peut, reconnaît-elle, diminuer partiellement les pertes du régime. Mais ces réformes paramétriques ne règlent pas la cause. Elles gèrent le déclin.

Car un régime par répartition ne vit que d’une chose : le travail de ceux qui cotisent. Taxer davantage des actifs de moins en moins nombreux, c’est alourdir le coût du travail au moment précis où il faudrait l’encourager.

La FEINC le formule sans détour : aucune réforme paramétrique ne remplacera la création d’emploi. Sans cela, prévient-elle, les retraites calédoniennes ne seront pas sauvées durablement.

Le message s’adresse aux décideurs. Faire de l’emploi la priorité du territoire, ce n’est pas un slogan. C’est désormais la condition de survie de la protection sociale calédonienne.

(Crédit photo : lemploi.nc)