Présidentielle 2027 : pourquoi la campagne s’enlise à six mois du premier tour

Résumé IA
À six mois du premier tour, la campagne présidentielle s’enlise, avec une multiplication de candidatures et une primaire incertaine à droite et au centre. Seule la qualification de Marine Le Pen paraît quasi assurée, tandis que la crise sociale domine l’actualité.
Multiplication des candidatures, primaire incertaine, projets inaudibles : la droite et le centre peinent à mener leur campagne. La crise sociale occupe tout l’espace, au profit de Marine Le Pen, qui se pose en candidate de l’ordre, et de Jean-Luc Mélenchon, qui attise la contestation.
Vanille Casagrande et Victor-Isaac Anne 07/11/2026

François Hollande © ALEXIS JUMEAU/ABACA
Ça patauge. Chaque année, avant l’hiver et les fêtes, nos belles campagnes s’enlisent dans leur pot-au-noir automnal. Mais cette fois, c’est aussi la campagne présidentielle qui s’embourbe. Pour le politologue Bruno Cautrès, ce scrutin ne ressemblera à aucun autre. « En 2007 et en 2012, cinq mois avant le premier, on connaissait déjà le second tour », rappelle-t-il. Or, à 180 jours de l’échéance, seule la qualification de Marine Le Pen paraît quasi assurée. Bien malin qui peut prédire celui ou celle qui lui fera face.
Le serpent de mer de la primaire
« Certains prétendants peuvent encore sortir du bois », prophétise le communicant Robert Zarader. Le patron de l’agence de conseil en communication Bona Fidé pense évidemment à l’ancien président François Hollande, dont il est proche. Le souci ne tient donc pas tant au calendrier de la campagne qu’à sa distribution : un trop-plein de candidatures. D’un côté le camp modéré, où Renaissance, Horizons, LRet Nouvelle Énergie avancent chacun leur champion. De l’autre, en embuscade, une galerie de putatifs : Xavier Bertrand à droite, François Ruffin à gauche, et entre les deux, Hollande, Villepin et même, peut-être, Christine Lagarde.
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Résultat : un casting aux mille scénarios, qui brouille l’offre dans l’esprit des électeurs et fait le jeu des revenants. Xavier Bertrand mise sur l’effondrement du bloc central. « Un espace va s’ouvrir », assure-t-il en privé. François Hollande parie sur le même scénario, avec une variante : le crash de l’homme de Place publique. Pendant ce temps, côté Élysée, on penche pour une « coalition » élargie, du vainqueur de la primaire sociale-démocrate au libéralisme du maire de Cannes…
Après des mois de tractations, la primaire rôde toujours, tantôt évoquée, tantôt conjurée. Édouard Philippe, leader présumé dans les sondages, laisse du temps au temps. Bruno Retailleau, d’abord contre, s’y résout peu à peu. Gabriel Attal et David Lisnard, naturellement, la plébiscitent. Tous lorgnent sur l’élan de Raphaël Glucksmann, porté par la sienne.
Mais entre les quatre Avengers du clan modéré, rien ne colle sur le fond : on imagine mal le Cannois applaudir le projet européen de Gabriel Attal. Pour l’historien Arnaud Teyssier, le clivage de cette primaire devrait opposer ceux qui assument l’héritage macronien à ceux qui le rejettent. Le risque ? Désigner un survivant plutôt que faire émerger un projet, au terme d’une élimination « à la Koh-Lanta », pointe le politologue Bruno Cautrès.
L’été sans fin du parti de l’ordre
À quand le coup d’accélérateur de la campagne ? Sans doute pas avant que la crise sociale ne s’apaise. « Les mouvements sociaux gèlent la campagne », constate un spécialiste de l’opinion. Dans ce contexte, deux candidats seulement sortent du lot : Jean-Luc Mélenchon, qui souffle sur les braises de la contestation, et Marine Le Pen, qui se pose en candidate de l’ordre. En pleine tempête sociale, la candidate du RN, sans rien dire, s’offre le luxe de creuser l’écart. « Il faudrait une série d’événements considérables pour que Marine Le Pen ne soit pas au second tour de la présidentielle », reconnaît Bruno Cautrès.
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Si les autres assistent, impuissants, à ce match RN-LFI, c’est qu’ils parlent à une autre France, celle qui « ne va pas trop mal, qui va même bien », analyse le politologue Pascal Perrineau. L’entourage du maire du Havre le sait. « Les mouvements sociaux vampirisent tout. Il n’y a aucune bande passante pour défendre notre projet », confie une stratège de la campagne. Une paralysie qui pourrait durer aussi longtemps que la mobilisation… En attendant que le Godot du centre trouve son chemin, la tambouille mijote.



