Quand les finances publiques sont au bord de l’asphyxie, certaines postures deviennent indécentes.
En Nouvelle-Calédonie, le refus de l’effort partagé révèle une fracture profonde entre le pays réel et une administration arc-boutée sur ses acquis.
Un arrêté de responsabilité face à une situation financière critique
Par un arrêté en date du 29 décembre, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a décidé de limiter à un seul jour chômé le calendrier 2026 des services publics. Une mesure claire, lisible et assumée, qui met fin à une pratique devenue symbolique d’un train de vie administratif hors sol : les traditionnels « ponts » systématiquement accordés, intégralement financés par des caisses publiques exsangues.
La réaction de la Fédération des fonctionnaires ne s’est pas fait attendre. Dans un courrier adressé au président du gouvernement, le syndicat dénonce un manque de concertation, alerte sur le risque de voir les agents publics traités comme des « variables d’ajustement » et réclame la réouverture du dialogue social.
Un discours désormais bien rodé, mais totalement déconnecté de la réalité économique du territoire. Depuis les émeutes du 13 mai 2024, la Nouvelle-Calédonie a vu des milliers d’emplois du secteur privé disparaître, des entreprises fermer, des familles basculer dans la précarité. Dans ce contexte, la décence aurait voulu que l’administration fasse preuve de solidarité territoriale, et non d’une crispation corporatiste.
Une administration mammouth hostile à toute réforme depuis des années
Il faut rappeler une réalité que certains feignent d’ignorer : l’administration néo-calédonienne est, depuis des années, vent debout contre toute réforme la concernant. Gel des effectifs, réorganisation des services, remise à plat des avantages acquis… chaque tentative de modernisation se heurte au même mur syndical.
En 2025, le territoire a pourtant connu cinq semaines de trois jours, liées aux jours fériés, intégralement rémunérées par l’argent public. Un luxe que la Nouvelle-Calédonie ne peut tout simplement plus se permettre. Maintenir ces pratiques revient à nier l’état réel des finances publiques, déjà fragilisées par la baisse des recettes, l’explosion des dépenses sociales et la reconstruction post-crise.
Pendant que le secteur privé se serre la ceinture, licencie, réduit ses marges ou met la clé sous la porte, certains syndicats continuent de défendre une vision hors du temps, comme si le pays pouvait éternellement financer une administration hypertrophiée sans contrepartie.
2026 : l’effort doit être partagé, sans tabou ni faux-semblants
Le message envoyé par l’exécutif est pourtant limpide : 2026 sera une année d’efforts pour tous. Le gouvernement a déjà annoncé un gel des avancements, une réorganisation administrative ainsi qu’une diminution de 10 % des ressources allouées aux collectivités. Des mesures nécessaires, mais encore insuffisantes si le territoire veut éviter un décrochage durable.
Dire qu’un ou deux jours chômés en moins pour les directions et services de la fonction publique relèveraient d’une atteinte insupportable aux droits des agents tient de la caricature. Ce n’est ni la mort du service public ni une remise en cause de sa mission, mais un ajustement minimal face à une situation exceptionnelle.
Le syndicat dirigé par Steve Teriitehau semble pourtant refuser de prendre la mesure des réformes structurelles indispensables. À force de s’opposer à tout, la Fédé s’impose comme un syndicat d’un autre temps, figé dans une logique de défense catégorielle, incapable de proposer une vision de destin commun.
Un véritable débat de fond reste pourtant absent : la rationalisation du statut des fonctionnaires, la réduction drastique du train de vie administratif et la fin d’un corporatisme que le politique n’ose plus affronter frontalement. À ce stade, l’attitude de la Fédé apparaît moins comme une défense de l’intérêt général que comme un frein assumé à la survie économique du territoire.


















