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Au delà du récif

De Guam à Palau : la nouvelle carte militaire imaginée pour contenir les risques face à la Chine

16 septembre 2026 à 15:00
4 min de lecture
De Guam à Palau : la nouvelle carte militaire imaginée pour contenir les risques face à la Chine

Résumé IA

Le think tank américain Defense Priorities propose de redéployer les forces militaires des États-Unis vers une « deuxième chaîne d’îles » du Pacifique, incluant Guam, les Mariannes du Nord ou Palau, pour les éloigner des côtes chinoises. L’étude préconise de disperser les capacités sur plusieurs îles comme Tinian et de réduire certains engagements en Asie.

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Guam, les Mariannes du Nord, Palau, la Micronésie ou encore les Marshall pourraient prendre une importance militaire considérable dans une nouvelle stratégie américaine face à la Chine. Un influent centre de réflexion de Washington propose de réduire la présence militaire américaine au plus près des côtes chinoises pour la redéployer sur une « deuxième chaîne d’îles » au cœur du Pacifique.

Reculer pour mieux se protéger face à la Chine

C’est une proposition qui pourrait profondément modifier la carte stratégique de l’Indo-Pacifique.

Dans une étude publiée le 10 septembre 2026, Jennifer Kavanagh, chercheuse au sein du think tank américain Defense Priorities, propose aux États-Unis de déplacer progressivement le centre de gravité de leur dispositif militaire asiatique.

Aujourd’hui, une grande partie des forces américaines se trouve sur ce que les stratèges appellent la « première chaîne d’îles », qui englobe notamment le Japon, Taïwan, les Philippines et la péninsule coréenne.

Or, ces positions sont également les plus proches de la Chine et donc potentiellement parmi les plus exposées en cas de conflit majeur.

Defense Priorities suggère au contraire de privilégier une « deuxième chaîne d’îles », située plus à l’est et comprenant notamment Guam, les Mariannes du Nord, Palau, les États fédérés de Micronésie et les îles Marshall.

Guam resterait le pivot du dispositif

Guam conserverait une place centrale dans cette architecture.

L'île accueille déjà une importante présence militaire américaine et constitue une plateforme essentielle pour les opérations aériennes, navales et logistiques des États-Unis dans le Pacifique.

Mais plutôt que de concentrer davantage de moyens sur Guam, l'étude préconise de disperser les capacités militaires américaines sur plusieurs îles et aérodromes du Pacifique.

Des unités de renseignement et de soutien pourraient y être implantées, accompagnées de systèmes de défense aérienne, de drones et de petites unités de Marines disposant notamment de missiles antinavires mobiles.

L'objectif serait simple : rendre le dispositif américain beaucoup plus difficile à neutraliser lors d'une attaque.

Tinian pourrait retrouver une importance militaire majeure

Parmi les territoires concernés figure Tinian, dans les Mariannes du Nord.

Cette petite île possède une histoire militaire particulièrement importante dans le Pacifique et fait déjà l'objet d'investissements américains visant à développer ses capacités aériennes.

Dans le scénario proposé par Defense Priorities, Tinian pourrait faire partie d'un réseau de petites bases aériennes dispersées, permettant aux appareils américains de ne plus dépendre d'une poignée de grandes installations facilement identifiables.

Le nombre total de militaires américains positionnés le long de cette deuxième chaîne resterait relativement limité. Le think tank estime qu'environ 5 000 militaires terrestres, principalement des Marines accompagnés de personnels de l'US Army, pourraient suffire dans son modèle à terme.

Une stratégie beaucoup plus radicale qu'un simple redéploiement

Mais l'étude ne se limite pas à déplacer quelques avions de chasse.

Defense Priorities propose une véritable transformation de la politique américaine en Asie.

Le think tank recommande notamment de réduire progressivement certains engagements militaires américains, de remplacer plusieurs alliances de défense par des partenariats plus limités et d'adopter une politique explicite de non-intervention concernant Taïwan.

Les alliances américaines avec le Japon, la Corée du Sud, les Philippines et l'Australie figurent ainsi parmi les dispositifs que les auteurs proposent de revoir ou de réduire progressivement.

Une approche qui tranche avec d'autres conceptions stratégiques américaines privilégiant au contraire le renforcement des alliances et des capacités militaires situées sur la première chaîne d'îles.

Le Pacifique insulaire au cœur du rapport de force sino-américain

Au-delà du débat américain, cette étude illustre surtout une évolution beaucoup plus large : les petites îles du Pacifique deviennent des espaces stratégiques majeurs dans la compétition entre Washington et Pékin.

Palau, les Marshall ou la Micronésie ne représentent que quelques dizaines de milliers d'habitants, mais leurs territoires, leurs espaces maritimes et leurs positions géographiques peuvent offrir aux États-Unis des points d'appui considérables.

La logique militaire rejoint ici la géographie.

Plus Washington cherche à éloigner ses moyens militaires des côtes chinoises tout en conservant la capacité d'intervenir en Asie, plus les archipels du Pacifique central prennent de l'importance.

Une proposition, pas une nouvelle doctrine américaine

Il reste cependant une distinction essentielle.

Le document publié par Defense Priorities est une proposition formulée par un think tank indépendant et ne constitue pas l'annonce d'une nouvelle politique du gouvernement américain ou du Pentagone. Le centre de réflexion assume d'ailleurs une ligne favorable à une présence militaire américaine extérieure plus limitée et à une utilisation plus restrictive de la puissance militaire américaine.

Mais le simple fait qu'une telle stratégie soit désormais discutée à Washington montre à quel point la géographie militaire de l'Indo-Pacifique est en train d'être repensée.

Et dans cette réflexion, les archipels du Pacifique ne sont plus à la périphérie de la carte.

Ils sont précisément en train d'en devenir l'un des centres.