Lâchez votre voiture, rien qu'une fois

Résumé IA
La Semaine de l'écomobilité débute ce mercredi 16 septembre en Nouvelle-Calédonie, jusqu'au mardi 22, avec pour objectif d'encourager chacun à tester des alternatives à la voiture en solo, sans contrainte ni culpabilité.
Ni contrainte ni culpabilité : l'écomobilité calédonienne choisit le pragmatisme.
Une semaine pour essayer autre chose que la voiture en solo, sans rien imposer à personne.
L'écologie du bon sens plutôt que l'écologie punitive
La Semaine de l'écomobilité a débuté ce mercredi 16 septembre en Nouvelle-Calédonie et se poursuit jusqu'au mardi 22. Derrière l'intitulé, une idée qui mérite qu'on s'y arrête : inviter chacun à remettre en question l'autosolisme, cette habitude de circuler seul dans sa voiture, sans jamais pointer du doigt ceux qui la conservent.
Le parti pris tranche avec une certaine écologie venue d'ailleurs, faite d'interdits, de taxes et de leçons de morale. Ici, les organisateurs reconnaissent d'emblée que modifier ses habitudes est difficile. Ils admettent aussi que chacun a ses contraintes, et que même les plus convaincus reprennent parfois le volant. L'approche repose donc sur l'envie, pas sur la sanction.
C'est une question de méthode. Mais c'est aussi une question de respect.
Car la mobilité n'est pas un luxe de militant. Elle conditionne l'accès à l'emploi, aux soins, à l'éducation, à l'alimentation. Le transport reste certes le deuxième secteur émetteur de gaz à effet de serre du territoire, et l'enjeu environnemental est réel. Pourtant, le premier moteur du changement est ailleurs, et les organisateurs le reconnaissent volontiers : c'est le pouvoir d'achat. Dans une Calédonie frappée par la crise économique, sur fond de crise énergétique mondiale, la sobriété n'est plus seulement un choix. Elle est parfois subie.
Vient ensuite la santé. Une part importante de la population calédonienne est en surpoids, et se déplacer à pied ou à vélo répond à plusieurs préoccupations à la fois.
La responsabilité plutôt que l'assistanat
Pour transformer une bonne intention en résultat, l'ADEME et l'Agence calédonienne de l'énergie ont choisi un ressort vieux comme le monde : la compétition. Le défi Cap vers zéro, ouvert du 16 au 22 septembre, s'adresse aux entreprises, administrations, établissements scolaires, associations, familles et groupes d'amis.
Chaque équipe réalise ses trajets domicile-travail en bus, à vélo, en covoiturage ou à pied, puis déclare ses kilomètres sur capverszero.nc. L'outil, gratuit, calcule le carbone évité et établit un classement. Pas de subvention individuelle, pas d'obligation. Seulement l'émulation et le goût du résultat.
La dernière édition, en mars 2025, a réuni 254 participants issus de 28 organisations, qui ont parcouru 10 800 km en modes doux et évité plusieurs centaines de kilos de CO2. L'ACE espère faire mieux cette année. Pour ceux qui veulent essayer le covoiturage, l'application calédonienne covoit.nc est gratuite, en phase pilote.
Reste une question honnête : ces changements s'inscrivent-ils dans la durée ? Les organisateurs ne disposent pas de données suffisamment précises pour l'affirmer. Un indicateur plaide néanmoins en leur faveur. L'association Droit au vélo recense depuis plusieurs années, aux mêmes points, les cyclistes qui se rendent au travail, et leur nombre progresse.
Le monde économique, lui, a pris les devants. La charte de l'écomobilité, créée il y a une dizaine d'années, fédère désormais 35 adhérents, des entreprises aux lycées en passant par les forces armées. La BNC vient de la signer. L'adhésion suppose de retenir cinq actions parmi une centaine. Télétravail, stationnement sécurisé pour les vélos, douches, espace repas équipé pour éviter les allers-retours du midi : autant de mesures concrètes, décidées par l'employeur lui-même, sans injonction extérieure. Une matinale dédiée aux entreprises est organisée par la CCI le mardi 22 septembre, de 8 h à 10 h.
Quant à la Brousse et aux Îles, les organisateurs ne vendent pas de rêve. Un réseau de bus n'a pas de sens là où les usagers manquent. D'autres réponses existent, comme le transport à la demande ou l'entraide entre habitants, cette solidarité profondément ancrée en Calédonie. Leur développement suppose toutefois, selon eux, une volonté politique claire et des moyens dédiés aux infrastructures.
Des infrastructures publiques qui doivent servir
Le temps fort grand public se tiendra le dimanche 20 septembre à Dumbéa. La commune, associée à Droit au vélo et à l'Agence calédonienne de l'énergie, ouvre une portion de la voie Néobus aux cyclistes de 8 h à 16 h, entre le rond-point de Conforama et celui des Érudits, dans le cadre de la Semaine européenne de la mobilité.
Le symbole est parlant. Cette voie, de belle facture, reste souvent vide. La rendre aux usagers le temps d'une journée rappelle qu'un équipement financé par la collectivité n'a de valeur que s'il est utilisé.
L'encadrement a été soigneusement préparé. Seuls les vélos sont admis sur le parcours, à l'exclusion des rollers, skateboards et autres engins. Les feux passeront à l'orange clignotant, une signalétique signalera la présence de cyclistes aux carrefours et ronds-points, où des barrières guideront les participants autour de l'anneau. Surtout, le Code de la route s'applique à tous, sans priorité particulière accordée aux cyclistes. Chacun reste responsable de sa conduite.
Sur place, Droit au vélo organise une bourse aux vélos d'occasion. Dépôts dès 7 h 30 sans inscription, prix fixé librement par le vendeur avec l'appui des bénévoles, vente au public de 8 h à 11 h 30, puis récupération des invendus ou de la recette jusqu'à midi. Le matériel non repris sera donné à l'association. Un atelier d'autoréparation complète le dispositif pour apprendre à entretenir soi-même son vélo.
L'autonomie, encore.
Car la principale barrière n'est pas matérielle, elle est psychologique. Circuler à vélo à Nouméa exige assurance et vigilance, face aux angles morts et aux véhicules lourds. Beaucoup se sentent plus en sécurité dans leur voiture, et c'est compréhensible. D'où les ateliers de remise en selle, proposés notamment par la Province Sud à ses agents avec Droit au vélo. Les pistes cyclables avancent, mais le réseau reste perfectible.
L'innovation fait aussi partie du programme. Ce jeudi en fin de journée, l'université projette le documentaire La Nouvelle Aventure Mobile, consacré à trois années de recherche conduites avec l'ADEME sur les véhicules intermédiaires, à mi-chemin entre vélo électrique et voiturette, conçus pour les zones rurales. Des discussions sont engagées avec des lycées professionnels pour envisager, à terme, une production locale adossée à la formation et à l'emploi calédonien.
(Crédit photo : ville de Dumbéa)



