Ils ont risqué leur vie, ils doivent payer

Résumé IA
En Nouvelle-Calédonie, l'administration réclame à des policiers le remboursement d'une prime attribuée pour leur courage lors des émeutes de mai 2024. Le syndicat La Fédé juge la situation « inacceptable » et, avec le SAPNC, demande une audience au Haut-Commissaire pour suspendre les recouvrements et obtenir une remise gracieuse.
Ils ont tenu la rue quand le territoire partait en fumée. Aujourd'hui, on leur demande de rendre l'argent.
En Nouvelle-Calédonie, l'administration réclame à des policiers une prime qu'elle leur avait elle-même attribuée.
Une prime accordée pour un courage hors norme
Il faut se souvenir de ce que furent ces semaines-là. Mai 2024, les barrages, les incendies, les quartiers coupés du reste de la ville, les familles calfeutrées chez elles. Et devant, en première ligne, des policiers.
Titulaires comme adjoints. Tous.
Ils ont risqué leur vie au quotidien pour protéger la population et maintenir l'ordre, rappelle La Fédé dans une publication diffusée sur sa page Facebook, où le syndicat est revenu sur ses revendications pour mieux les réaffirmer. Le mot n'est pas excessif. Dans des conditions que personne, sur le Caillou, n'avait connues depuis des décennies, ces agents ont tenu la ligne. Sans compter leurs heures. Sans marchander leur engagement.
C'est précisément ce que la hiérarchie a voulu reconnaître. La Direction Territoriale de la Police Nationale leur a attribué la prime de voie publique, geste de reconnaissance pour un courage exceptionnel exercé dans un contexte extrême.
Une décision que le syndicat qualifie de juste, légitime et méritée. Difficile de soutenir le contraire.
Voilà pour l'intention. Reste la suite.
Le retour de bâton administratif
Car il y a une suite, et elle est mauvaise.
L'administration a fait machine arrière. Au nom du cadre réglementaire, elle demande désormais à une partie de ces mêmes agents de rembourser les sommes perçues. Ceux qui ont été primés pour avoir affronté les émeutes se voient réclamer l'argent de cette reconnaissance.
Et pour adoucir la pilule, on leur propose de « faciliter » le remboursement par des prélèvements échelonnés. Le mot, entre guillemets dans le texte du syndicat, dit tout du mépris technocratique que ces agents ressentent. On ne renonce pas à reprendre. On propose simplement d'étaler la ponction.
« C'est inacceptable », tranche La Fédé.
Le raisonnement du syndicat tient en une phrase, et cette phrase est imparable : les policiers n'ont fait qu'exécuter leurs missions. Ils n'ont rien demandé, rien monté, rien détourné. Ils ont obéi, ils sont sortis, ils ont tenu. La prime, ce n'est pas eux qui l'ont votée. C'est l'administration qui l'a décidée, instruite, versée.
Alors si erreur il y a eu dans le montage réglementaire, la question se pose d'elle-même : qui a commis cette erreur ?
Pas les agents sur le terrain.
Les policiers ne doivent pas être les variables d'ajustement ni payer pour les erreurs ou le manque d'anticipation de leur propre hiérarchie, martèle le syndicat. C'est le cœur du dossier. Une administration qui se trompe, puis qui envoie la facture à ceux qui lui ont obéi, envoie un signal désastreux à l'ensemble de ses effectifs.
Ce signal, La Fédé le résume sans détour : une situation qui brise la confiance et méprise l'engagement du terrain.
Dans une collectivité encore convalescente, où l'autorité de l'État s'est reconstruite mètre par mètre, on mesure mal le coût d'un tel épisode. La loyauté ne se décrète pas à sens unique. Elle s'entretient.
Les syndicats passent à l'offensive
Face à ce revirement, deux organisations sont montées au front ensemble. Le SAPNC et La Fédé réclament en urgence une audience auprès du Haut-Commissaire.
Et elles arrivent avec un mandat précis.
Premier point, le plus immédiat : la suspension sans délai de toutes les procédures de recouvrement. Tant que le dossier n'est pas arbitré, aucun prélèvement ne devrait courir sur la paie des agents concernés.
Deuxième point, le plus politique : la saisine du ministère de l'Intérieur afin d'obtenir une remise gracieuse généralisée. Généralisée, c'est-à-dire sans tri, sans dossiers individuels laissés à l'appréciation des services, sans que certains payent quand d'autres seront épargnés.
Troisième point, le plus structurant : une solution juridique et pérenne permettant de régulariser la situation sans pénaliser les agents. Le syndicat ne demande pas un passe-droit. Il demande que le droit soit mis en conformité avec ce que l'État a promis.
Quatrième point enfin : l'activation des relais nationaux, pour que l'affaire ne meure pas dans un tiroir administratif à 17 000 kilomètres de Paris et qu'elle soit portée au plus haut niveau de l'État.
Le message tient en une ligne.
On ne demande pas l'impossible, juste de la loyauté et du respect envers ceux qui ont tenu le choc quand le territoire s'effondrait.
Et « l'engagement ne se reprend pas ».
Le mouvement, par ailleurs, ne se limite pas à ce dossier calédonien. Ce mardi, le syndicat Unité Police se mobilisera devant le commissariat central de Nouméa. Une mobilisation nationale, relayée localement, dirigée contre l'attitude jugée « laxiste » de la direction générale de la police nationale.
Deux fronts, donc. L'un territorial, sur la prime. L'autre national, sur le malaise plus large d'une institution qui doute du soutien de sa propre direction.
Ce que dit vraiment cette affaire
Il y a dans cet épisode quelque chose de très français, et de très mauvais.
Un État qui sait demander l'exceptionnel à ses agents quand l'ordre vacille. Le même État qui, une fois le calme revenu, se réfugie derrière la règle pour reprendre ce qu'il a donné.
La rigueur budgétaire est une exigence légitime. Le respect du cadre réglementaire aussi : personne ne plaide pour une administration qui distribuerait des primes hors de tout droit. Mais lorsqu'une erreur est imputable à l'administration elle-même, c'est elle qui doit en assumer les conséquences. Pas les fonctionnaires qui se sont exposés sur sa demande.
Les policiers calédoniens n'ont pas cherché le statut de victimes. Ils ne l'ont jamais réclamé pendant les émeutes, quand ils rentraient chez eux au petit matin après des nuits entières de tension. Ils ne le réclament pas davantage aujourd'hui.
Ils demandent qu'une parole donnée soit tenue.
C'est peu. C'est tout.
(Crédit photo : Ministère de l'Intérieur)



