Neuf Français sur dix lâchent les écolos

Résumé IA
Un rapport publié en septembre 2026 par l'Institut Thomas More et Nuances d'Avenir, signé par Marc Le Chevallier, propose une « écologie des liens » pour réconcilier les Français avec l'environnement. Il dénonce les écologies technocratique et radicale, et prône une approche locale, avec 20 recommandations pour renforcer les pouvoirs des communes et des acteurs de terrain.
Et si l'écologie cessait enfin de faire la morale aux Français pour leur rendre la main ?
Un rapport publié ce mois-ci propose de tourner la page des normes venues d'en haut et des militants hors sol.
Le divorce entre les Français et l'écologie politique
L'été 2026 restera celui des canicules et des incendies. Il restera aussi celui d'un sursaut. Face aux flammes, ce ne sont ni les ministères ni les collectifs militants qui ont répondu les premiers. Ce sont des agriculteurs venus parfois de très loin, des pompiers volontaires, des habitants qui ont organisé l'aide aux sinistrés, des associations mobilisées en quelques heures. Les Français eux-mêmes.
C'est de ce constat que part le rapport « L'écologie des liens : réconcilier le citoyen, la nature et le territoire », signé par le chercheur franco-britannique Marc Le Chevallier et publié en septembre 2026 par l'Institut Thomas More et l'association Nuances d'Avenir.
Le paradoxe est cruel. Les Français veulent agir pour l'environnement, mais ils ne se reconnaissent plus dans ceux qui prétendent parler en son nom. Selon une enquête de la Fondapol citée par l'auteur, près de neuf Français sur dix jugent la mouvance écologiste déconnectée des réalités du terrain.
Deux écologies sont désignées comme responsables. La première est technocratique : traités internationaux, normes contraignantes, objectifs chiffrés imposés depuis Paris ou Bruxelles. Elle dépossède les acteurs locaux au nom de chiffres abstraits. La seconde est radicale, dogmatique et culpabilisatrice, adepte des blocages de routes et des dégradations. Elle s'en prend aux formes d'appartenance qui relient pourtant les citoyens à leur environnement.
Deux écoles opposées en apparence. Un même travers : transformer la nature en abstraction lointaine, incapable de toucher le citoyen ordinaire.
L'amour du chez-soi, fondement d'une autre écologie
Pour sortir de l'impasse, le rapport puise dans une tradition trop longtemps ignorée. Celle de Jacques Ellul et Bernard Charbonneau, pères fondateurs de l'écologie française, qui se méfiaient déjà de toute dérive idéologique. Celle aussi du philosophe anglais Roger Scruton et de son concept d'oikophilie, l'amour du chez-soi.
L'idée est simple, presque évidente. On protège ce qu'on aime. Et on aime d'abord ce qui est à soi : un paysage, un village, une rivière, un patrimoine transmis. L'environnement cesse alors d'être un concept planétaire pour redevenir un lieu concret, charnel, partagé. Pas « mon » lieu, pas « le tien ». Le nôtre.
Charbonneau rappelait que les campagnes françaises offraient l'exemple d'une présence humaine qui embellit la nature au lieu de la détruire. Haies, chemins creux, étangs, moulins : la France est une terre façonnée par ses paysans, et c'est précisément cet héritage que l'écologie dominante a oublié.
D'où la figure centrale du rapport. Ni l'ingénieur, ni le militant. Le jardinier. Celui qui compose avec son sol plutôt que de chercher à le dominer. Celui qui s'adapte aux réalités locales au lieu d'imposer un modèle uniforme.
Cette écologie reconnaît enfin ceux que les écologistes officiels regardent souvent de haut. Les agriculteurs, décrits comme « les premiers des écologues ». Les chasseurs, que l'Office français de la biodiversité qualifie lui-même d'acteurs clés de la biodiversité. Les chiffres sont éloquents : en 2024, ils géraient plus de 10 500 hectares d'espaces naturels, avaient planté plus de 670 kilomètres de haies et réhabilité plus de 1 100 kilomètres de chemins ruraux. Une étude du cabinet BIPE évalue leur bénévolat à l'équivalent de plus de 50 000 emplois à temps plein.
Les pêcheurs, les scouts, les associations de patrimoine complètent ce tableau d'une France qui agit déjà, sans discours ni subvention.
Vingt propositions pour rendre le pouvoir au terrain
Le rapport ne s'arrête pas au diagnostic. Il avance vingt recommandations, organisées autour de six « liens » à retisser. Et le premier d'entre eux est politique.
Car l'écologie locale se heurte d'abord à un mur : l'hypercentralisation française. L'autonomie fiscale des communes est tombée à 40,7 % en 2024, contre environ 47 % en 2019. Pendant ce temps, les collectivités assurent près de 60 % de l'investissement public civil. L'auteur propose donc d'inscrire à l'article 72-2 de la Constitution qu'une part de 60 % des ressources communales, alignée sur les standards européens, doit provenir d'impôts sur lesquels les communes ont un vrai pouvoir de taux ou d'assiette.
Autre cible : l'addiction à la norme. Le rapport cite l'exemple du Zéro Artificialisation Nette, encadré par des règles de nomenclature d'une précision tatillonne. Il plaide pour un modèle à la danoise, où l'État fixe le cap et laisse les communes choisir leurs moyens. Une obligation de résultat, plus une obligation de procédure.
La démocratie locale n'est pas oubliée. Un référendum d'initiative locale pourrait être déclenché par 10 % des électeurs inscrits sur les sujets écologiques communaux, avec un seuil de validité abaissé à 25 % au lieu de 50 %.
Côté société civile, le texte propose un Pacte communal liant mairie, associations et habitants, ainsi qu'une réduction d'impôt portée à 75 % pour les dons aux petites associations écologiques de terrain, contre 66 % aujourd'hui.
Le patrimoine occupe une place de choix. Selon le ministère de la Culture, 22,7 % des monuments historiques classés sont en mauvais état. Le rapport suggère la création d'un « National Trust » à la française, sur le modèle britannique qui revendique plus de 5,3 millions de membres. Il demande aussi que MaPrimeRénov' cesse de privilégier le polystyrène sur la pierre et la chaux, avec des bonus de 30 à 50 % pour les matériaux traditionnels. Détail révélateur : dans la réglementation RE2020, un chanvre importé de Chine compte autant qu'un chanvre cultivé et transformé localement.
L'agriculture, elle, étouffe. Un sondage Elabe cité dans le rapport montre que 65 % des agriculteurs jugent les normes écologiques totalement inadaptées à leur métier, et que 78 % déclarent vivre difficilement de leur exploitation. Réponse proposée : faire de la restauration collective publique, soit sept millions de repas par jour, le débouché naturel des filières locales, en relevant de 60 000 à 100 000 euros le seuil des achats de gré à gré.
Sur l'énergie, l'exemple vient encore du Danemark, où tout projet éolien doit depuis 2009 ouvrir au moins 20 % de son capital aux riverains. En France, un projet renouvelable met en moyenne sept à dix ans à voir le jour, contre trois à cinq ans en Allemagne.
Reste l'éducation. Le rapport veut confier aux écoliers la garde d'un lieu naturel précis, transmis de classe en classe, et offrir aux élèves des quartiers REP et REP+ des séjours à la campagne pour découvrir les savoir-faire ruraux.
Le message de fond tient en une phrase. L'écologie ne se décrète pas depuis un bureau parisien. Elle se cultive, patiemment, au plus près de ceux qui aiment leur terre.
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