Aller au contenu
0%
Au delà du récif

Souveraineté alimentaire : l'échec de l'État

23 septembre 2026 à 10:00
4 min de lecture
Souveraineté alimentaire : l'échec de l'État

Résumé IA

La Cour des comptes publie un rapport de suivi confirmant les fragilités de la souveraineté alimentaire française, déjà signalées en 2022. Les dépendances aux engrais, aux protéines animales et les faiblesses de la distribution persistent malgré les stratégies mises en place.

Aa

Engrais, protéines animales, distribution : la Cour des comptes avait tiré la sonnette d'alarme en 2022.
Son rapport de suivi montre que les fragilités qu'elle signalait n'ont pas disparu.

Une alerte que les crises ont confirmée

Nourrir les Français. Aucune mission de l'État n'est plus élémentaire, et peu ont été aussi longtemps considérées comme acquises.

La pandémie de Covid-19 a brutalement rappelé que rien ne l'est. C'est pour en tirer les leçons que la Cour des comptes avait consacré, dans son rapport public annuel 2022, un chapitre entier à la sécurité des approvisionnements alimentaires en France. L'examen portait sur toute la chaîne : la production agricole, la transformation agroalimentaire, puis la distribution jusqu'au consommateur.

Le diagnostic était sévère. La Cour relevait plusieurs faiblesses structurelles et formulait des recommandations précises.

Elle revient aujourd'hui sur le sujet avec un rapport de suivi. Il s'agit de vérifier ce que le gouvernement a réellement fait de ces avertissements.

Depuis 2022, les événements ont donné raison aux magistrats de la rue Cambon.

Le conflit en Ukraine a provoqué de fortes tensions sur le marché des denrées alimentaires. D'autres crises ont suivi la pandémie. Toutes ont mis en évidence les vulnérabilités que la Cour avait identifiées.

La pression sur la souveraineté alimentaire française ne se relâche pas. Elle s'accentue. La Cour cite la croissance des besoins alimentaires, la montée des menaces géopolitiques, les risques liés à l'évolution du climat et l'érosion de la biodiversité. Sa conclusion est claire : garantir les approvisionnements est vital pour satisfaire les besoins essentiels de la population.

L'exécutif a réagi. Après 2022, une stratégie nationale de résilience dans le domaine agricole a vu le jour. La Cour y voit une réponse aux faiblesses constatées.

Elle ajoute aussitôt que cette réponse reste partielle. Elle ne répond qu'en partie aux recommandations formulées.

Engrais, protéines, distribution : les fragilités demeurent

L'État n'est pas resté sans rien faire. En s'appuyant sur les diagnostics réalisés, il a hiérarchisé ses soutiens publics. Deux points noirs ont été traités en priorité : les engrais et la production de protéines animales, des vulnérabilités jugées critiques.

Sur le fond, pourtant, le constat reste le même : ces fragilités majeures demeurent.

La Cour en expose les raisons. Dans certains cas, la dépendance à ces produits n'a tout simplement pas été réduite. Dans d'autres, des solutions innovantes existent, mais leur déploiement reste loin des besoins identifiés. Quant aux faiblesses de la distribution alimentaire, elles n'ont pas été corrigées.

On a donc identifié les problèmes, désigné les priorités et mobilisé de l'argent public. Le résultat ne suit pas.

La Cour est explicite : l'efficacité des dispositifs déployés doit être renforcée. Pour un pays qui se veut une grande puissance agricole, le reproche pèse lourd.

Sur le terrain, des initiatives ont été engagées avec les chambres d'agriculture et les organisations professionnelles, à la fois territoriales et sectorielles, pour renforcer la sécurité alimentaire.

La Cour note cependant que ces démarches avancent en ordre dispersé. Projets territoriaux et plans de filières progressent chacun de leur côté, sans véritable cohérence d'ensemble.

Elle signale toutefois une possibilité de rattrapage. La mise en œuvre récente des conférences de souveraineté alimentaire et l'adoption d'une stratégie nationale pour l'alimentation, la nutrition et le climat pourraient permettre de remettre de l'ordre au niveau national.

Une politique agricole coupée de l'impératif de souveraineté

Le cœur du problème se trouve ailleurs, et c'est l'observation la plus importante du rapport.

Selon la Cour, il n'existe aucun lien structuré entre la politique agricole et la stratégie de sécurité des approvisionnements. Cette absence affaiblit directement la seconde.

Autrement dit, la France conduit sa politique agricole d'un côté et traite sa sécurité alimentaire de l'autre. Les solutions retenues restent ponctuelles. Or les fragilités identifiées devraient, selon la Cour, peser dans la définition même de la politique publique.

C'est un appel à changer de méthode. Réagir crise après crise ne suffit plus. Il faut que la souveraineté devienne un principe d'organisation.

La Cour en tire les conséquences. Maintenant qu'une stratégie nationale de résilience agricole existe, elle formule trois nouvelles recommandations. Toutes appellent à des réformes structurelles.

L'objectif affiché ne souffre aucune ambiguïté : garantir durablement la souveraineté alimentaire face aux chocs systémiques, et assurer à l'ensemble de la population française un accès suffisant, sûr et nutritif à l'alimentation.

Le message adressé aux pouvoirs publics est limpide. Les rapports et les stratégies se sont multipliés, mais la dépendance est toujours là. Pour l'agriculture française, l'enjeu dépasse l'économie : il s'agit de garantir que le pays puisse se nourrir lui-même.

(Crédit photo : Getty - Tom Werner)