Paquebots : l'Île des Pins dit oui, mais…

Résumé IA
La mairie de l'Île des Pins reçoit le Comité consultatif coutumier environnemental pour définir les conditions d'une éventuelle reprise des croisières fin 2028. Une étude d'impact environnemental, un suivi trimestriel et une charte environnementale encadreront ce projet visant des retombées économiques locales.
L'Île des Pins ne veut plus subir le tourisme de masse. Elle veut le reprendre en main.
Entre lagon préservé et économie locale, Kunié prépare le retour des paquebots à ses propres conditions.
Mesurer d'abord, accueillir ensuite
Une journée entière de travail. Pas une réunion de façade, pas une photo de principe. La mairie de l'Île des Pins a reçu le Comité consultatif coutumier environnemental (CCCE) pour une séance consacrée à un sujet qui engage l'avenir de l'île : les conditions d'une éventuelle reprise des croisières à l'Île des Pins fin 2028.
Le mot important est « éventuelle ». Rien n'est acquis. Mais la méthode, elle, est posée.Le cœur du dispositif tient en une décision simple. Une étude d'impact environnemental de la croisière à Kunié sera réalisée, puis complétée par un suivi annuel. On ne protège pas un lagon avec des incantations, on le protège avec des données.
Un comité de suivi trimestriel sera installé, en lien étroit avec le groupe de travail local déjà constitué. Une charte environnementale viendra fixer collectivement les conditions d'une reprise maîtrisée des escales.
La réflexion va plus loin : nombre annuel de paquebots, jauges de visiteurs sur les sites sensibles, protection du lagon et du littoral, en particulier les mouillages et les activités nautiques. Et, sujet qu'on aurait tort d'escamoter, de justes retombées économiques pour les acteurs locaux.
On est loin de l'écologie punitive qui interdit d'abord et réfléchit ensuite. Ici, on encadre pour pouvoir accueillir. Et l'île ne part pas de zéro : Kunié revendique 43 années d'expérience en matière de croisières.
Carnival à la table de la coutume
Nouvelle étape, et pas des moindres. Ce mardi 22 septembre, la mairie a accueilli pendant toute une journée le directeur de Carnival, accompagné du Club Croisière, de l'agence Kénua et de la Fédération des acteurs économiques et touristiques de l'Île des Pins (FITAE).
L'ordre des rencontres dit tout. Les échanges se sont tenus avec les acteurs locaux, et en premier lieu la Grande Chefferie, la mairie et la tribu de Comagna. Le premier opérateur mondial de croisières est venu écouter ceux qui font l'île.
Le message est sans ambiguïté. La reprise ne pourra s'envisager qu'à travers le respect des obligations coutumières et la mise en place d'un modèle de « croisières vertes », tel que Kunié souhaite le développer. Ce ne sont pas les paquebots qui imposent leurs conditions. C'est l'île.
Sur la table, des sujets très concrets. Préservation de l'environnement, maîtrise des flux de visiteurs, respect des populations. Mais aussi développement des activités économiques locales, création d'emplois, formation des acteurs locaux et création d'entreprises dédiées.
Voilà une approche qui refuse deux impasses. Le « tout-tourisme » sans limite, d'un côté. Le repli, de l'autre, qui ferait de la préservation un prétexte pour priver la population de revenus et la jeunesse de perspectives.
Le bilan, selon la mairie, est « particulièrement encourageant ». La qualité du dialogue et les engagements exprimés par chacun ouvrent de belles perspectives pour le territoire.
Le 21 novembre, la parole aux Kunié
Prochain rendez-vous : le samedi 21 novembre 2026, au marché de l'Île des Pins. Une grande réunion d'information et d'échanges y sera organisée avec l'ensemble de la population.
Carnival sera présent, aux côtés de différents partenaires, pour présenter le projet et répondre directement aux questions. Les impacts environnementaux et les mesures de protection seront abordés, tout comme les modalités de mouillage et d'accueil des navires. Il sera aussi question de la gestion des flux de croisiéristes et de la fréquentation maximale des sites.
Les infrastructures nécessaires figurent également au programme : sanitaires, mobilités vertes, gestion des déchets. Enfin, les perspectives d'accompagnement à la création de nouvelles activités pour les entrepreneurs et la jeunesse de l'île.
« Cette réunion sera avant tout la vôtre », insiste la mairie, qui invite chacun à venir poser ses questions et exprimer ses attentes comme ses préoccupations. Des spécialistes seront présents pour apporter des réponses concrètes et transparentes.
L'ambition affichée est claire. Faire de cette éventuelle reprise une véritable opportunité pour les Kunié, tout en préservant ce qui fait la richesse et l'identité de l'île : son environnement paradisiaque.
Il ne s'agit pas de faire revenir les croisières comme avant. Il s'agit de construire un modèle pensé à Kunié, avec les Kunié, pour Kunié.
La mairie le résume sans détour : la reprise des croisières n'est pas une fin en soi. Elle n'aura de sens que si elle apporte des bénéfices réels à la population, respecte les traditions et les autorités coutumières, et garantit la préservation de l'environnement.
Un cap exigeant. Mais un cap assumé.
(Crédit photo : M. Dosdane / NCTPS)



