J’ai allumé la radio.
J’ai voulu m’informer.
Je me suis dit que ça allait être rapide.
Il était question d’un incendie derrière une station-service.
On ne connaissait ni l’origine ni l’ampleur.
Mais on savait déjà qu’il fallait être vigilant.
La circulation était encore fluide.
La fumée aussi.
Tout le monde faisait semblant que ça allait.
Puis on a parlé des sous-traitants.
Mobilisés depuis mardi.
Pas contents mais compréhensifs.
Ils demandent plus d’argent.
On leur explique qu’il n’y en a plus.
Ils comprennent.
Ils insistent quand même.
La situation est difficile.
Elle l’est depuis des mois.
Elle le restera encore un peu.
On évoque un repreneur.
Une offre à l’étude.
Une étude de plus.
Ensuite, on passe au nickel.
Toujours pas rentable.
Toujours stratégique.
L’État aide.
Mais pas éternellement.
On parle de 2030 comme si c’était pour demain.
Il y a deux conditions.
Un soutien massif.
Et exporter ce qu’on ne peut pas transformer.
Tout dépend des élus.
Donc de tout le monde.
Donc de personne.
Après, des députés sont venus.
Ils ont vu le lagon.
Ils ont vu la brousse.
Ils ont vu la réalité.
Ils repartent convaincus.
Ils disent que le travail commence.
Comme toujours, après la visite.
Puis on dématérialise.
Moins de papier.
Plus de fichiers.
Moins de déplacements.
On parle de cybersécurité.
De standards européens.
De CD-ROM.
Déjà dépassés.
On supprime des jours chômés.
La majorité approuve.
La minorité râle.
Comme prévu.
Ailleurs, ça brûle aussi.
Des villages disparaissent.
Des hectares partent en fumée.
Ici, on annonce des marchés.
Des fêtes.
Du sport.
Comme si tout allait bien.
J’ai éteint la radio.
J’avais l’impression d’avoir tout entendu.
Et de n’avoir rien appris.
Bref.


















