Lors de la rencontre convoquée à Paris par Emmanuel Macron autour de l’accord de Bougival, Nicolas Metzdorf, député de la première circonscription de Nouvelle-Calédonie, a livré un discours ferme.
Un propos sans détour, prononcé à l’Élysée, qui dresse le constat d’une impasse politique, d’une méthode jugée à bout de souffle et d’un État accusé de renoncer à ses propres principes démocratiques.
Entre avertissement solennel et rupture assumée, ce discours marque un tournant.
Monsieur le Président de la République,
Merci de votre invitation à l’Élysée. C’est toujours un honneur pour un amoureux de la France d’être ici dans ce palais.
C’est aussi un honneur pour un député de la nation de s’exprimer après une personne condamné à de l’inegibilité. Mais bon j’imagine que c’est pour avoir un représentant du FLNKS à table.
Monsieur le Président, je ne sais pas très bien ce que nous faisons ici aujourd’hui.
Cette rencontre, nous ne l’avons ni demandée ni même envisagée, car, pour ce qui nous concerne, nous avons accompli tout ce qui devait l’être.
Nous avons travaillé.
Nous avons négocié.
Nous avons concédé.
Nous avons accepté des concessions majeures pour parvenir à un accord :
l’acceptation du principe de la création d’un État,
l’idée d’une double nationalité,
la possibilité de transferts supplémentaires de compétences régaliennes,
et ce malgré une victoire acquise lors de trois référendums, chacun organisé dans des conditions marquées par l’exclusion de dizaines de milliers de non-indépendantistes.
Ce n’est donc pas nous qu’il fallait convoquer aujourd’hui.
Ce sont les ministres, et surtout les groupes parlementaires, qui, au lieu de remettre en cause le démantèlement progressif de l’unité nationale engagé à Bougival, demeurent paralysés par la peur.
La peur que les extrémistes du FLNKS incendient de nouveau la Nouvelle-Calédonie.
La peur de passer pour infréquentables aux yeux de certains médias bien-pensants.
La peur, enfin, de s’affranchir du carcan idéologique décolonial hérité du XXᵉ siècle.
Drôle d’État, n’est-ce pas.
Un État prêt à affronter une puissance nucléaire pour défendre l’Ukraine. A juste titre.
Un État capable de s’opposer à la première puissance militaire mondiale pour protéger un territoire autonome danois. A juste titre.
Mais un État qui, lorsqu’il s’agit de lui-même, se montre incapable d’appliquer les principes élémentaires de la démocratie sur l’un de ses propres territoires.
Nous connaissons pourtant la théorie invoquée pour justifier cette faiblesse manifeste.
On nous l’explique régulièrement, à nous que l’on caricature tour à tour en extrémistes, en colons ou en afrikaners.
Cette théorie consiste à ménager indéfiniment les indépendantistes les plus radicaux, dans l’espoir de les conduire pacifiquement vers une solution prétendument maîtrisée, mais le plus souvent improvisée.
Le problème, Monsieur le Président, c’est qu’une stratégie peut être tentée.
Mais persévérer alors même qu’elle a échoué à plusieurs reprises ne relève plus de l’erreur : cela relève de l’aveuglement.
Errare humanum est, perseverare diabolicum.
Permettez-moi de rappeler brièvement les faits depuis le dernier référendum :
— Troisième référendum : une date acceptée dans une commune symbolique ; de retour en Nouvelle-Calédonie, Daniel Goa, président de l’Union calédonienne, renie la parole donnée sur le calendrier.
— Juillet 2022 : refus du FLNKS de se rendre à Paris pour le premier Comité des signataires post-référendum.
— Octobre 2022 : boycott du FLNKS de la Convention des partenaires.
— 2023 : refus constant du FLNKS des négociations trilatérales ; exigence de discussions bilatérales exclusives avec l’État.
— 2024 : proposition de dégel à dix ans signée par le FLNKS, puis reniée ; renforcement de la CCAT par des cadres de l’UC.
— 2025 : accord de Bougival signé par le FLNKS puis renié
— Fin 2025 : arrêt brutal de la consultation référendaire censée redonner la parole au peuple, sous la pression politique.
— Ces dernières semaines : Christian Tein reçu à l’Assemblée nationale, avant d’affirmer publiquement que l’indépendance est la seule voie possible pour la paix.
— 13 janvier 2026 : le FLNKS annonce son boycott définitif après avoir donné un accord de principe.
Nous voici donc aujourd’hui, comme en juillet 2022 :
sans le FLNKS,
sans nouveau statut cinq ans après le dernier référendum,
avec pour seule base de discussion un accord qui désagrège la République,
et une économie qui a perdu près de 20 % de son PIB.
Monsieur le Président, ceci n’est pas un mémorandum.
C’est le constat d’une faillite.
Faillite d’une méthode.
Faillite d’une négociation où la déloyauté est systématiquement récompensée.
Voilà cinq ans que l’on tente de « ramener le FLNKS », sans jamais tirer les conséquences de ses refus répétés.
Pour ce qui nous concerne, nous avons atteint les limites de l’acceptable.
Les choses sont désormais simples et parfaitement claires.
Soit nous sortons de cette séquence avec des textes précis, assortis d’un calendrier clair d’examen et d’adoption par le Parlement.
Soit nous changerons radicalement de stratégie et nous nous retournerons contre notre propre État, en utilisant l’ensemble des moyens à notre disposition.
Nous avons d’ores et déjà confié notre défense au cabinet Zimmeray, qui nous accompagnera devant la Cour européenne des droits de l’homme afin de dénoncer le caractère profondément inique du corps électoral qui nous est imposé et de placer la France face à ses responsabilités internationales.
Monsieur le Président, nous n’avons désormais plus rien à perdre.
Rien à perdre, parce que nous constatons que la République n’a plus aucune promesse à nous faire.
Comment a-t-on pu passer du discours historique de 2018 au théâtre de l’Île, à Nouméa — qui faisait de la Nouvelle-Calédonie un pilier de la stratégie indo-pacifique — à cinq années d’errance conclues, lors du dernier sommet, par l’idée d’un nouveau référendum dans quinze ans sur une indépendance-association ?
Ce qu’il y a de plus triste, Monsieur le Président, c’est que ce constat ne vous vise pas personnellement.
Il concerne l’État, le système, la classe politique et l’administration dans leur ensemble.
Puisque je ne crois pas à l’homme providentiel de 2027 qui viendrait changer un récit dans lequel nous sommes embourbés depuis 2021 et que sur la Nouvelle-Calédonie, à Paris, à chaque strate du « deep state », chacun est devenu interchangeable. Tous répètent les mêmes mots : consensus, dialogue, méthode, pour éviter la violence.
Nous trouverons, avec l’UNI, un point d’équilibre dans les prochains jours.
Il vous suffira de vous engager pour une fois à ne pas retirer ni suspendre aucun texte une fois cet équilibre atteint, et à permettre la convocation du Congrès à Versailles.
Dans le cas contraire, chacun ici se rappellera de la promesse des derniers, et de moins en moins nombreux, partisans de la France.
Je vous remercie.


















