Le jour où l’Amérique a perdu Elvis

Le 16 août 1977, une nouvelle sidère l'Amérique : Elvis Presley vient de mourir. En quelques heures, Graceland devient le centre d'un immense deuil populaire.
Une mort brutale qui fait vaciller l'Amérique
Le 16 août 1977 devait être une journée comme une autre dans la vie d'Elvis Presley. Le King devait reprendre la route. Un nouveau concert était prévu à Portland, dans le Maine, le lendemain.
Mais Elvis ne montera jamais dans l'avion. À Memphis, dans sa résidence de Graceland, son état de santé se dégrade brutalement.
Il est retrouvé inconscient dans sa salle de bains. Il est alors âgé de 42 ans seulement. Les secours tentent de le réanimer. Elvis est transporté au Baptist Memorial Hospital.
À 15 h 30, les médecins constatent officiellement son décès. La nouvelle se répand alors à une vitesse fulgurante. Le monde vient de perdre l'une de ses plus grandes vedettes.
Le site officiel de Graceland indique qu'Elvis est décédé à Graceland le 16 août 1977, après avoir été victime d'une défaillance cardiaque.
Dans les rues de Memphis, l'incrédulité laisse rapidement place au chagrin. Les fans se précipitent vers Graceland. Certains viennent de très loin. Ils veulent simplement être là. Voir les grilles.
Se recueillir. Comprendre comment Elvis Presley peut réellement être mort. Car pendant plus de vingt ans, le chanteur avait semblé presque invincible.
Il avait transformé le rock. Il avait imposé une silhouette. Une voix. Une attitude. Une manière de bouger. Et surtout, il avait construit une popularité qui dépassait largement la musique.
La disparition du King devient immédiatement un événement national. Puis mondial.
Le président Jimmy Carter rend hommage à une figure qu'il considère comme ayant profondément marqué la culture américaine. Carter estime qu'Elvis a durablement changé le visage de la culture populaire américaine. Pour beaucoup d'Américains, ce n'est donc pas simplement un chanteur qui vient de disparaître.
C'est une époque qui semble s'achever.
Derrière le mythe, un homme dont la santé était très dégradée
La mort d'Elvis ne tarde pas à susciter des interrogations. La première explication médicale évoque une défaillance cardiaque.
Le médecin légiste Jerry Francisco parle alors d'une arythmie cardiaque sévère. L'autopsie initiale ne relève pas, selon lui, de maladie susceptible d'expliquer autrement la mort. Mais le dossier médical d'Elvis est loin d'être celui d'un homme en bonne santé.
Le chanteur souffre notamment d'hypertension. Il a également été traité pour une pneumonie.
Son côlon est fortement dilaté. Son organisme est manifestement fragilisé.
Les années précédant sa mort avaient également été marquées par une consommation importante de médicaments sur ordonnance.
Cette question prendra une place considérable dans les années suivantes. Elle contribuera à briser l'image d'un King éternellement maître de lui-même.
Le mythe ne suffit plus à masquer la réalité d'un homme malade. Elvis continue pourtant à travailler.
Il continue à monter sur scène. Il continue à chanter. Son dernier concert a lieu le 26 juin 1977 à Indianapolis.
Quelques semaines seulement avant sa mort. Le site officiel de Graceland rappelle qu'Elvis donne alors son ultime concert à la Market Square Arena.
Il doit encore repartir en tournée en août. Le 16 août, il est donc toujours officiellement dans une logique de carrière.
Il doit se produire à Portland le 17 août. Puis poursuivre la tournée. La machine Elvis ne s'est jamais vraiment arrêtée. Même lorsque l'homme commence à montrer les limites de son corps.
C'est précisément ce contraste qui rend sa disparition encore plus brutale.
D'un côté, une superstar toujours programmée pour la scène. De l'autre, un organisme qui ne semble plus pouvoir suivre. La mort met brutalement fin à cette contradiction.
Graceland transformé en sanctuaire populaire
Dès l'annonce du décès, Memphis change de visage. Les fans affluent vers Graceland. La maison devient le point de rassemblement d'une foule immense.
Les témoignages de l'époque décrivent des milliers de personnes venues se recueillir. Le 17 août, le cercueil est exposé à Graceland. Des files se forment devant la propriété.
Les estimations varient selon les sources, mais la foule atteint des proportions considérables.
Le Guardian rapporte que la police estime à près de 100 000 personnes le nombre de visiteurs venus se recueillir devant le manoir ce jour-là.
Une autre source historique consacrée à Elvis évoque également des dizaines de milliers de personnes venues voir une dernière fois le chanteur.
La scène ressemble davantage aux funérailles d'un souverain qu'à celles d'un simple artiste.
Des fleurs recouvrent les abords de la propriété. Des fans pleurent. D'autres restent silencieux.
Certains ont traversé le pays uniquement pour lui rendre hommage. Le King est mort, mais son peuple est toujours là. Le 18 août, les obsèques ont lieu.
La cérémonie privée se déroule à Graceland avant le départ du cortège vers le cimetière de Forest Hill.
Une foule considérable accompagne le cercueil. Des Cadillac blanches entourent le véhicule funéraire. La scène est spectaculaire. Mais elle est aussi tragique.
La ferveur populaire atteint un niveau tel que la sécurité devient un problème. Des milliers de personnes se massent sur le parcours. La chaleur et la foule provoquent plusieurs malaises. Et le drame survient aux abords de Graceland.
Une voiture percute des personnes qui attendent le passage du cortège. Deux jeunes femmes sont tuées. Une troisième est grièvement blessée.
La mort d'Elvis est déjà un choc. Elle devient aussi le théâtre d'une nouvelle tragédie.
Le cercueil rejoint finalement le Forest Hill Cemetery. Le King est enterré à Memphis.
Mais l'histoire d'Elvis ne s'arrête évidemment pas là. Quelques semaines plus tard, son corps et celui de sa mère sont transférés à Graceland.
Ils reposent depuis dans le Meditation Garden de la propriété. Et surtout, Elvis Presley cesse définitivement d'être seulement un chanteur.
Il devient un monument. Une référence. Une figure de la culture américaine. Un symbole dont l'influence traverse les générations. Son décès rappelle aussi une réalité que la célébrité ne peut effacer.
Le succès ne protège pas de la fragilité humaine. L'argent ne protège pas de la maladie.
La gloire ne protège pas de la mort. Elvis avait encore des concerts prévus.
Il avait encore des projets. Il devait encore monter sur scène. Il ne le fera jamais.
Le 16 août 1977, le monde perd donc le King. Mais il découvre aussi quelque chose de plus durable.
Une légende n'a pas besoin de vivre pour continuer à régner. À Memphis, les fans ne viennent pas seulement pleurer un artiste.
Ils viennent saluer une partie de leur propre histoire. Celle d'une Amérique qui avait vu naître le rock'n'roll. Celle d'un jeune homme de Tupelo devenu une superstar mondiale. Celle d'un chanteur qui avait fait trembler les scènes américaines.
Et celle d'un homme qui, malgré ses excès et ses faiblesses, avait atteint une dimension culturelle rarement égalée.
Le dernier concert d'Elvis avait eu lieu quelques semaines auparavant. La voix était encore là. Le public était encore là. Les projecteurs étaient encore allumés.
Puis tout s'arrête. Le King quitte la scène pour la dernière fois. Et cette fois, il n'y aura pas de rappel.
(Crédit photo : KEYSTONE PICTURES USA / MAXPPP)

