« Faites attention » : l'alerte de Tukumuli

Résumé IA
Le gouvernement confirme une nouvelle tranche de 13,7 milliards de francs du prêt garanti par l'État et une subvention, afin de financer la Nouvelle-Calédonie jusqu'en janvier 2027. Milakulo Tukumuli alerte sur les blocages des aérodromes des Îles Loyauté, menaçant Air Calédonie, et annonce la reprise de la compétence du transport maritime.
Paris tient parole, et c'est encore la solidarité nationale qui maintient la Nouvelle-Calédonie à flot.
Pendant ce temps, dans les Îles, les pistes bloquées menacent de faire tomber Air Calédonie.
L'argent de l'État, encore et toujours
Le chiffre est tombé ce mardi 22 septembre, en conférence de presse. 13,7 milliards de francs. C'est le montant de la quatrième tranche du prêt garanti par l'État, soit 115 millions d'euros, dont Milakulo Tukumuli a confirmé la convention de versement.
De quoi tenir jusqu'en novembre. Pas davantage.
Car la facture ne s'arrête pas là. Le ministère des Outre-mer ajoute une subvention de 7,2 milliards de francs, soit 60 millions d'euros. Une dotation complémentaire de 7,3 milliards (61 millions d'euros), inscrite au projet de loi de finances de fin de gestion, doit couvrir les besoins du territoire jusqu'en janvier 2027.
Et pour le reste de l'année 2027 ? L'État prévoit encore 47 milliards de francs, soit 400 millions d'euros, dans le projet de loi de finances.
Faites le compte. Sans la France, sans l'effort des contribuables de métropole et d'Outre-mer, les caisses calédoniennes seraient vides depuis longtemps.
Le président du gouvernement l'a compris, et il assume d'en tirer une conséquence politique. Ce soutien doit s'inscrire dans un contrat de responsabilité entre Nouméa et Paris, fondé sur des engagements réciproques. Autrement dit, l'argent contre les réformes.
C'est le contrat de responsabilité qu'il faudra bâtir pour permettre de boucler l'année 2027 et de donner de la visibilité à la Nouvelle-Calédonie, en engageant les réformes nécessaires, a-t-il insisté.
Le message est clair. La perfusion ne peut pas durer éternellement sans contrepartie.
Îles Loyauté : quand le blocage devient une menace
Second dossier brûlant, la desserte aérienne des îles Loyauté. Depuis le déménagement d'Air Calédonie de Magenta vers La Tontouta, plusieurs aérodromes sont bloqués.
Sur Ouvéa, les vols ont repris le 10 septembre. Ils « continuent de se poser à l'heure où on se parle », a précisé Milakulo Tukumuli. Mais rien n'est réglé.
Le gouvernement s'engage donc à se rendre sur Iaai avant le 4 octobre. Objectif : rencontrer les partenaires, les trois grandes chefferies, les petites chefferies, les collectivités et la population, pour trouver une sortie de crise sur le modèle de ce qui a été engagé à Lifou. En attendant, le chef de l'exécutif s'est engagé à faire atterrir un vol par semaine pour répondre aux besoins économiques, sociaux et sanitaires de l'île. Sur son site, Air Calédonie affiche une rotation le jeudi 24, puis six la semaine suivante.
Vient ensuite Maré.
On a décidé d'attendre le retour du grand chef Sinewami pour regarder comment on arrive à avancer pour le déblocage, a indiqué le président du gouvernement.
Il voit dans cette crise une occasion.
Cette crise représente une opportunité de réformer en profondeur notre pays. Les questions posées depuis bien longtemps méritent de trouver des réponses durables.
Mais il a surtout lancé un avertissement, sans détour, à ceux qui prolongent les blocages.
À celles et ceux qui continuent de croire qu'Aircal va continuer de vivre, je leur dis : "faites attention".
La suite de sa démonstration fait froid dans le dos. Si le tribunal décidait de liquider la compagnie et que le Betico cessait de fonctionner, comment rejoindre les îles ? « Ce sera un vrai problème », a-t-il prévenu.
D'où l'impératif martelé : rouvrir les aérodromes. Faute de quoi, selon lui, les conséquences économiques, sociales et sanitaires seront « désastreuses ».
« Cela permet à la compagnie de voler, mais aussi aux îles de respirer. » Dans le cas contraire, le président de la province devra, devant le tribunal, placer en redressement ou en liquidation tous les outils économiques. Drehu Village, Nengone Village, le Paradis d'Ouvéa. Rien ne serait épargné.
Ce sont les Îliens eux-mêmes qui paieraient le prix fort.
Betico, schéma de mobilité : la Calédonie reprend la main
Au-delà de l'urgence, le gouvernement prépare un Schéma de mobilité et des transports, qui doit être présenté au Congrès dans les prochains mois.
Milakulo Tukumuli ne cache pas la difficulté.
La difficulté, c'est qu'il soit finançable, et qu'il réponde aux problématiques de déplacement. Ce n'est pas juste se poser la question de savoir si c'est Magenta ou Tontouta, c'est beaucoup plus que ça.
L'ambition est large. Avion, bus, bateau : tous les modes de transport, pour tous les habitants, qu'ils vivent dans les Îles, dans le Grand Nord ou dans l'agglomération. Pour y parvenir, la Nouvelle-Calédonie entend organiser une compétence restée trop longtemps éclatée.
Premier acte fort, le transport maritime. Il sera « récupéré » par la Nouvelle-Calédonie, a annoncé le président du gouvernement, qui l'avait déjà fait savoir dans les Îles.
« Ce n'est plus à la province des Loyauté d'opérer le Betico. » Un chantier naval a été commandé pour construire le Betico 3, et un texte propose d'apporter la garantie de la collectivité pour sa construction. Le navire doit devenir un outil de la Nouvelle-Calédonie, et non plus de la province.
Une orientation partagée avec Mickaël Forrest, assure Milakulo Tukumuli.
Politiquement, il y a un alignement. On travaille de concert avec la province des Îles.
Remettre de l'ordre, rendre des comptes, sortir de la dépendance. Le cap est posé. Reste à le tenir.
(Crédit photo : Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie)



