Quand l’État promet de restaurer l’autorité républicaine derrière les murs des prisons, la question des moyens revient toujours frapper à la porte.
La sécurité pénitentiaire, longtemps reléguée au second plan, se heurte aujourd’hui à une réalité brutale : la violence progresse plus vite que les réformes.
Une administration pénitentiaire sous tension permanente
L’Inspection générale de la justice (IGJ) dresse un constat sans détour dans son rapport publié le 7 janvier 2026. L’administration pénitentiaire est confrontée à une montée continue de la dangerosité, tant à l’intérieur des établissements qu’à l’extérieur, lors des extractions, transfèrements ou interventions en milieu ouvert. Les agents pénitentiaires sont désormais exposés à des risques comparables à ceux des forces de sécurité intérieure, sans pour autant bénéficier des mêmes protections statutaires ou opérationnelles.
Le rapport rappelle que les missions confiées à l’administration pénitentiaire ont profondément évolué. Surpopulation carcérale chronique, radicalisation, violences contre les personnels, pression des réseaux criminels : le cœur du métier ne se limite plus à la simple garde des détenus. Cette évolution crée une incohérence structurelle entre les responsabilités exercées et les moyens juridiques et matériels disponibles.
C’est dans ce contexte que le ministre de la Justice a annoncé, le 23 janvier 2025, la création d’une police pénitentiaire, avec une mise en œuvre envisagée à l’horizon 2026. L’IGJ reconnaît que cette annonce répond à une attente ancienne du terrain, mais insiste sur un point central : l’autorité ne se décrète pas, elle se construit.
Une police pénitentiaire jugée nécessaire mais exigeante
Sur le fond, l’IGJ se montre favorable à la création d’une police pénitentiaire. Le rapport souligne que cette nouvelle force permettrait une cohérence accrue des interventions, une meilleure lisibilité des missions de sécurité et une protection renforcée des personnels. La spécialisation des agents chargés des missions de contrôle, de surveillance et de sécurisation apparaît comme un levier de professionnalisation indispensable.
La future police pénitentiaire aurait également vocation à accompagner les agents des services d’insertion et de probation lors de leurs interventions dans les quartiers les plus difficiles. Cette dimension opérationnelle est présentée comme un maillon manquant dans la chaîne de sécurité, alors que les personnels du milieu ouvert sont de plus en plus exposés à des menaces directes.
Mais l’Inspection met en garde contre toute illusion politique. Créer une police pénitentiaire ne peut se résumer à un changement d’intitulé ou à une réforme cosmétique. Il s’agit d’une transformation profonde, impliquant un cadre juridique clair, une doctrine d’emploi rigoureuse et une articulation précise avec la police et la gendarmerie nationales. Sans cela, le risque est grand de multiplier les chevauchements de compétences et les tensions institutionnelles.
Le risque majeur d’une réforme précipitée sans moyens
C’est sur la question des moyens que l’IGJ se montre la plus sévère. Le rapport insiste sur le fait que la création d’une police pénitentiaire suppose un investissement très conséquent en ressources humaines, en formation et en équipements, alors même que l’administration pénitentiaire souffre déjà d’un sous-effectif chronique.
L’Inspection alerte explicitement sur les dangers d’« une réforme précipitée et dépourvue des moyens nécessaires ». À défaut de recrutements massifs, de revalorisation statutaire et d’équipements adaptés, la nouvelle police pénitentiaire risquerait de fragiliser encore davantage un système déjà sous tension. Créer une force supplémentaire sans renforcer l’existant reviendrait à déplacer le problème, non à le résoudre.
Dans une ligne résolument réaliste, l’IGJ rappelle que la montée de la violence en détention et autour des établissements pénitentiaires impose des choix clairs. Soit l’État assume pleinement une politique de sécurité pénitentiaire ambitieuse, avec les budgets correspondants, soit il s’expose à un échec annoncé. La sécurité carcérale ne peut être traitée comme une variable d’ajustement budgétaire.
En filigrane, le rapport pose une question politique centrale : la République est-elle prête à investir durablement pour reprendre le contrôle de ses prisons ? Sans réponse ferme, la création d’une police pénitentiaire pourrait rester un symbole de plus, là où le terrain réclame des actes concrets.


















