J’ai allumé la radio.
Je voulais juste un peu de bruit.
Je suis tombé sur tout le pays en même temps.
Ça a commencé par Bougival.
Encore.
La clarification de l’accord.
Pas l’accord.
La clarification.
J’ai compris que, quand on ne peut plus avancer, on explique pourquoi on n’avance pas.
Ils étaient à l’Élysée.
Les plus hautes personnalités.
Presque toutes.
Il en manquait une.
Boycott.
Visio refusée.
J’ai compris que, même absents, certains prenaient beaucoup de place.
On a parlé de courage.
De risques.
D’avenir.
J’ai regardé ma cuisine.
Elle n’avait pas l’air courageuse, mais elle tenait debout.
On a rappelé les trois référendums.
Encore.
Comme une incantation.
Histoire de ne pas sortir du cadre.
On a dit qu’il ne fallait pas rouvrir.
Pas déplacer.
Pas casser les équilibres.
Juste clarifier.
J’ai imaginé un meuble bancal avec une notice très détaillée.
Puis on a changé de sujet.
Marché de Ducos.
Mangeons local.
Fruits.
Légumes.
Poissons.
Champignons exotiques cultivés sous bâche.
Là, bizarrement, tout le monde avait l’air d’accord.
J’ai entendu des gens dire que c’était chanmé.
Zinzin.
Que cinq bananes faisaient un kilo.
J’ai noté que c’était l’info la plus concrète de la journée.
Après, Lifou.
Danses.
Chants.
Nettoyage de plage.
Sauts en parachute.
Lâcher de cochons.
J’ai compris que le patrimoine, chez nous, ça peut courir très vite.
Retour en métropole.
Budget 2026.
Prime d’activité.
Repas à 1 €.
Déficit à 5 %.
Personne n’était content.
Tout le monde était inquiet.
Mais responsable.
Enfin, presque.
On a parlé du Mercosur.
Accord historique.
Encore un.
Certains agriculteurs contents.
D’autres très inquiets.
La France vote contre.
Mais le traité avance quand même.
J’ai compris que voter contre, parfois, c’est juste participer.
À l’international, Trump voulait le Groenland.
Avec des droits de douane en bonus.
L’Iran inquiétait tout le monde.
La Nouvelle-Zélande fermait son ambassade.
J’ai commencé à me demander si ma radio n’avait pas avalé Internet.
Puis le sport.
Le PSG.
Lens.
Des matchs à 3 h du matin.
Le Dakar.
Le tennis.
Le foot-volley à l’Anse Vata.
Du sable.
De la musique.
Du beau temps.
Enfin une bonne nouvelle.
J’ai éteint la radio.
J’ai compris que le pays avançait.
Un peu.
En parlant beaucoup.
En dansant parfois.
En vendant des bananes.
En clarifiant l’incertitude.
Bref.


















