En France, certaines dates ne relèvent pas du folklore mais de la mémoire tragique de la Nation.
Le 21 janvier 1793 marque une rupture irréversible entre l’État, la loi et la mort politique.
Une exécution publique qui scelle la fin de la monarchie
Le dimanche 21 janvier 1793, à 10 h 22, le roi Louis XVI, âgé de 38 ans, est exécuté sur la place de la Révolution, anciennement place Louis XV, aujourd’hui place de la Concorde.
La scène est froide, méthodique, encadrée par une Garde nationale en armes, tandis que les tambours battent la générale dans les rues de Paris.
Le roi déchu avance avec dignité. Son courage final, unanimement rapporté par les témoins, contraste avec les faiblesses politiques qui ont marqué son règne. Cette mort publique n’est pas seulement celle d’un homme : c’est l’exécution symbolique de la monarchie millénaire française.
Louis XVI n’est plus roi depuis le 10 août 1792, date de l’assaut des Tuileries par les sans-culottes et les fédérés. Emprisonné au Temple avec sa famille, il devient le citoyen Capet, privé de toute protection institutionnelle. La Révolution entre alors dans une phase où le droit cède progressivement le pas à la force politique.
Pour ses partisans, cette exécution fait du souverain un martyr. Pour ses adversaires, elle est présentée comme une nécessité historique. Mais dès l’époque, le doute s’installe : la République pouvait-elle naître autrement que dans le sang ?
Un procès politique plus que judiciaire
Le procès de Louis XVI s’ouvre dans un climat de pression populaire extrême. La Convention nationale se constitue elle-même en tribunal, écartant toute juridiction indépendante. Une décision légalement discutable, puisque la Constitution de 1791 proclamait l’inviolabilité et le caractère sacré du roi.
La découverte de la célèbre armoire de fer, le 20 novembre 1792, accélère le processus. Elle contient plus de 600 documents, dont des correspondances compromettantes avec des puissances étrangères et des figures politiques comme Mirabeau. Pour les Montagnards, la culpabilité ne fait plus débat.
Les chefs d’accusation sont nombreux : fuite à Varennes, double jeu diplomatique, financement supposé de la contre-révolution, usage du veto royal, relations avec l’étranger, maintien de troupes suisses armées.
Au total, 33 griefs sont retenus contre Louis Capet.
Face à lui, une défense solide mais tardive, incarnée par Malesherbes, Tronchet et de Sèze, qui rappellent une réalité juridique essentielle : beaucoup des actes reprochés étaient légaux au moment où ils furent commis.
Mais le verdict est déjà écrit. Comme l’affirme Saint-Just :
On ne peut régner innocemment.
Et Robespierre d’enfoncer le clou :
Louis doit mourir pour que la patrie vive.
Le roi n’est plus jugé comme un homme, mais comme un obstacle politique à éliminer.
Un vote sous pression et une République radicalisée
Le 15 janvier 1793, la Convention vote la culpabilité à haute voix, exposant chaque député à la vindicte populaire. 642 députés sur 718 déclarent Louis XVI coupable.
L’appel au peuple est rejeté. La peine est ensuite votée dans une atmosphère de menaces, d’invectives et de peur.
La mort l’emporte à une voix près.
Une seule voix sépare la vie de la mort du roi de France.
Le sursis est refusé. L’appel est rejeté. La sentence est irrévocable.
L’exécution de Louis XVI ne met pas fin à la Révolution. Elle l’accélère. Elle ouvre la voie à la Terreur, aux tribunaux d’exception, aux exécutions de masse et à une logique où le soupçon devient une preuve.
Aujourd’hui encore, le débat demeure. Beaucoup d’historiens reconnaissent que, si la République voulait s’affirmer, la procédure employée ne respectait pas les lois en vigueur. La mort du roi fut un acte politique, non un jugement impartial.
Le 21 janvier 1793 reste ainsi une date de fracture.
Celle où la France a choisi de sacrifier un roi pour sauver une idée, au prix d’un héritage de violence dont elle porte encore les traces.


















