Depuis plusieurs jours, une rumeur persistante circule sur les réseaux sociaux et dans de nombreux échanges privés : Api La Savate serait-il aujourd’hui incarcéré au Vanuatu ?
La réponse est non. Et cette information n’a jamais été celle révélée par La Dépêche de Nouméa.
Ce que notre rédaction a publié en exclusivité, en revanche, constitue un élément autrement plus structurant : Api La Savate a été expulsé du Vanuatu et refoulé à la frontière, dans un contexte où les autorités locales considèrent désormais le système qu’il promeut comme frauduleux et pénal. Une enquête est officiellement en cours, et elle a marqué une rupture nette dans le traitement de ce dossier par les autorités vanuataises.
Mais depuis cette révélation, un nouvel élément est venu accélérer la dynamique. Et il pourrait bien en constituer le point de bascule.
Les demandes de remboursement, le signal que tout système redoute
Au Vanuatu, les premières demandes de remboursement ont commencé à émerger. Plusieurs contributeurs du système Api La Savate expliquent aujourd’hui n’avoir jamais perçu le moindre bénéfice réel, malgré les promesses répétées de gains et les discours rassurants diffusés en amont.
Les témoignages convergent vers une même description du fonctionnement : les participants ne voyaient transiter de l’argent qu’à condition d’aller eux-mêmes solliciter des proches, des amis ou des relations de confiance, pour les faire entrer dans le dispositif. Les fonds ainsi collectés remontaient vers une structure centrale, tandis qu’une part infime, parfois irrégulière, parfois inexistante, redescendait vers les intermédiaires.
Certains affirment n’avoir jamais perçu les pourcentages annoncés, y compris sur les nouvelles personnes qu’ils avaient pourtant personnellement fait intégrer au système. Une mécanique désormais bien identifiée par les enquêteurs comme caractéristique d’un montage pyramidal.
Plus de 20 millions de vatus identifiés par les autorités vanuataises
Selon les informations recueillies localement, les autorités du Vanuatu auraient d’ores et déjà identifié plus de 20 millions de vatus injectés dans le système Api La Savate. Cette somme inclurait des fonds provenant de résidents du Vanuatu, ce qui a conduit à un durcissement notable de la position des autorités.
Ce constat renforce la gravité du dossier. Il ne s’agit plus d’un simple dispositif périphérique ou importé, mais d’un système ayant capté des fonds sur le territoire même du Vanuatu, exposant directement sa population et son économie.
Quand les remboursements commencent, les pyramides s’effondrent
C’est un mécanisme bien connu dans l’histoire des escroqueries financières. Les systèmes pyramidaux peuvent survivre tant que l’argent entre. Ils vacillent, puis s’effondrent, lorsque les demandes de remboursement se multiplient.
Le principe est immuable : l’argent des nouveaux entrants sert à maintenir l’illusion de gains pour les anciens. Il n’existe aucune activité économique réelle génératrice de valeur. Dès lors que les contributeurs souhaitent récupérer leur mise, l’édifice se grippe, faute de liquidités disponibles.
L’histoire l’a démontré de manière spectaculaire avec l’affaire Bernard Madoff. Ce n’est ni l’ouverture de l’enquête ni les alertes répétées qui ont provoqué l’effondrement de son système, mais bien le jour où les investisseurs ont exigé le remboursement de leurs fonds.
Une vague de demandes attendue depuis la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie
Ce qui se joue aujourd’hui au Vanuatu ne restera pas cantonné à l’archipel. Depuis la publication de notre enquête, La Dépêche de Nouméa reçoit un afflux massif de messages en provenance de Nouvelle-Calédonie et de Polynésie française.
Des lecteurs nous écrivent pour une question simple, mais lourde de conséquences : comment faire ? que faut-il faire pour récupérer l’argent investi ?
Ces demandes se multiplient à mesure que la réalité du système apparaît plus clairement.
Les témoignages évoquent parfois des montants importants, dépassant les 200 000 francs CFP. Pour beaucoup, il ne s’agissait pas d’un placement structuré, mais d’un engagement fondé sur la parole d’un proche, d’un ami ou d’une relation jugée digne de confiance. C’est précisément cette dimension qui laisse présager que les demandes de remboursement vont désormais pleuvoir depuis la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie, à mesure que les participants prennent conscience de la situation.
Une escroquerie bâtie sur la confiance personnelle
Les récits reçus par la rédaction décrivent tous le même ressort : pour espérer récupérer de l’argent, il fallait convaincre son entourage d’adhérer au système. Les fonds remontaient vers une entité centrale, tandis qu’une redistribution minimale entretenait l’illusion de rentabilité.
Ce mécanisme transforme chaque participant en relais actif de l’escroquerie, souvent sans qu’il en mesure immédiatement la portée. Les conséquences dépassent alors largement le cadre financier. Des relations se tendent, des amitiés se brisent, parfois des familles entières se retrouvent fragilisées.
C’est cette dimension humaine, fondée sur la proximité et la confiance, qui rend ce type de montage particulièrement destructeur.
Un système entré dans sa phase la plus fragile
Au Vanuatu, les premières demandes de remboursement, l’identification de flux financiers conséquents et l’ouverture d’une enquête officielle dessinent un changement de climat net. Elles interviennent alors même que l’initiateur du système a été écarté du territoire.
Si cette dynamique se prolonge et s’étend à la Nouvelle-Calédonie et à la Polynésie française, le système Api La Savate entre dans sa phase la plus critique. Celle où les promesses ne suffisent plus, où les discours ne compensent plus l’absence de valeur réelle, et où chacun commence à comprendre que, derrière l’apparente prospérité affichée, il n’y avait peut-être rien d’autre qu’un jeu de miroirs.
« Qui dois-je appeler pour récupérer mon argent ? »
Marjolène n’est pas son vrai prénom. Elle vit au Vanuatu, elle est francophone, et elle a pris la plume pour écrire à La Dépêche de Nouméa avec une question d’une simplicité désarmante : savez-vous qui je dois appeler pour récupérer mon argent ?
Dans son message, elle explique avoir versé 14 000 francs, « les quelques pièces qui lui restaient d’avance ». Une somme modeste en apparence, mais essentielle pour elle. « J’en avais besoin », écrit-elle simplement. Pas pour investir, pas pour spéculer, mais pour vivre.
Marjolène raconte avoir cru, un instant, à la promesse d’un système qui lui permettrait de respirer un peu, de sortir la tête de l’eau. Comme beaucoup d’autres, elle n’a rien reçu en retour. Aucun gain. Aucun remboursement. Aucun interlocuteur identifiable. Juste le silence.
Aujourd’hui, elle ne réclame pas des explications complexes, ni des montages financiers. Elle demande seulement à qui s’adresser. Un numéro. Un nom. Une porte à laquelle frapper. Elle s’adresse à la presse parce qu’elle n’a plus personne vers qui se tourner.
Ce témoignage, parmi tant d’autres reçus ces derniers jours par la rédaction, illustre la réalité la plus brutale de ce type d’escroquerie financière. Derrière les discours enjôleurs, les promesses de gains et les mécanismes prétendument vertueux, ce sont toujours les mêmes profils qui tombent. Non pas des investisseurs fortunés ou des spéculateurs aguerris, mais des femmes et des hommes précaires, fragiles, parfois au bout du rouleau, qui engagent ce qu’il leur reste avec l’espoir de voir enfin un peu de lumière dans un quotidien difficile.
Quand les noms de toutes les victimes seront connus, il y aura peu de milliardaires dans la liste. En revanche, il y aura beaucoup de Marjolène. Des personnes qui n’avaient presque rien, et à qui l’on a pris jusqu’à leurs dernières pièces, en exploitant leur confiance, leur détresse et leur espoir.

















