Il y a des silences qui rassurent, et d’autres qui empoisonnent durablement une société. Depuis les événements de 2024, une question revient avec insistance sur les ondes et dans les conversations privées : pourquoi certains suicides ne sont-ils jamais évoqués publiquement ? Derrière ce malaise, des familles, des chefs d’entreprise, des salariés brisés, et une impression persistante d’omerta. Un sujet lourd, inconfortable, mais impossible à balayer d’un revers de main.
Le malaise d’un sujet qu’on évite soigneusement
À l’antenne, un auditeur a mis des mots sur ce que beaucoup murmurent à voix basse :
Comment se fait-il qu’on ne parle jamais des personnes qui se sont suicidées après 2024 ?
Une question simple, presque naïve, mais qui révèle une gêne profonde. Selon cet auditeur, des professionnels de morgues eux-mêmes s’étonneraient du silence entourant plusieurs décès, dont certains concernent des chefs d’entreprise fragilisés par la crise. Ce constat, sans chiffres brandis ni sensationnalisme, pointe un fait vérifiable : les médias traitent le suicide avec une extrême prudence, parfois jusqu’à l’effacement total. Un choix éditorial assumé, mais de plus en plus contesté lorsqu’il devient synonyme de déni collectif.
Informer sans inciter : une frontière délicate
Le silence n’est pas toujours synonyme de lâcheté. Les rédactions invoquent souvent un principe reconnu par les autorités sanitaires. L’Organisation mondiale de la santé rappelle que le traitement médiatique du suicide doit éviter tout effet d’imitation. Mais entre prévention et invisibilisation, la ligne est fine. Un autre auditeur résumait ce malaise ainsi :
À force de ne rien dire, on finit par faire comme si ces morts n’existaient pas
Or, ne pas nommer un problème n’a jamais suffi à le faire disparaître. Les crises économiques, sociales ou politiques laissent des traces psychologiques profondes, documentées par les institutions publiques elles-mêmes.
Entrepreneurs, salariés : la souffrance cachée derrière les chiffres
En France, Santé publique France rappelle régulièrement que le suicide reste l’une des premières causes de mortalité évitable. Sans extrapoler au cas local, il est factuel d’affirmer que les périodes de crise augmentent les facteurs de risque : perte d’activité, endettement, isolement, sentiment d’abandon. L’auditeur l’a dit sans détour :
Ce ne sont pas une ou deux personnes, mais plusieurs, et on fait comme si de rien n’était
Ce cri n’accuse pas, il interroge. Peut-on réellement parler de reconstruction collective sans regarder en face ceux qui n’ont pas tenu ?
Le silence médiatique, un faux confort collectif
Ne pas parler, c’est parfois se protéger. Mais c’est aussi envoyer un message ambigu à ceux qui souffrent encore : celui que leur détresse dérange. Comme le rappelle la Haute Autorité de Santé, la reconnaissance sociale de la souffrance est un levier essentiel de prévention. L’ignorance, elle, isole davantage. Un dernier témoignage entendu à l’antenne résume l’enjeu :
Si on n’en parle pas, qui va aider les prochains ?
La question reste ouverte. Et elle dérange, précisément parce qu’elle est légitime.
Parler de santé mentale n’est jamais confortable. Mais le silence prolongé l’est encore moins. Sans chiffres jetés en pâture ni voyeurisme, il est possible et nécessaire de reconnaître les drames humains qui ont suivi 2024.
Car à force de détourner le regard, le risque n’est pas d’éviter la contagion, mais de laisser la solitude faire le reste. La question n’est donc plus “faut-il en parler ?”, mais comment le faire, enfin, avec responsabilité et courage.

















