Les patrons calédoniens attendent des actes

Résumé IA
Le 19 août, la CPME Nouvelle-Calédonie a reçu Christopher Gygès, vice-président du gouvernement, pour un échange sur les orientations économiques. L'organisation patronale salue une nouvelle approche de l'exécutif, fondée sur la simplification et l'accompagnement, et attend désormais des actes concrets pour le territoire.
Un vice-président du gouvernement qui frappe à la porte des patrons. À Nouméa, ce mercredi, la CPME a ouvert la sienne en grand.
Une rencontre qui tranche avec les habitudes
Il y a des réunions qui ne changent rien. Et il y a celles dont on parle encore le lendemain.
Le 19 août, le bureau de la CPME Nouvelle-Calédonie a reçu Christopher Gygès, vice-président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. Un déplacement qui n'a rien d'anodin. Le membre du gouvernement détient l'un des portefeuilles les plus lourds de l'exécutif : économie, fiscalité, télécommunications, questions douanières, commerce extérieur, attractivité et souveraineté alimentaire.
Autant dire l'essentiel de ce qui détermine, aujourd'hui, si une entreprise calédonienne survit ou ferme.
L'échange a porté sur les orientations que le vice-président entend défendre durant cette mandature. Il a aussi permis de passer en revue les dossiers économiques prioritaires pour les entrepreneurs du territoire.
Rien d'un exercice protocolaire. Une discussion de fond, entre celui qui décide et ceux qui produisent.
Ce format-là, le monde économique calédonien ne l'a pas toujours connu. Trop souvent, les décisions sont tombées d'en haut, rédigées loin des ateliers, des chantiers et des commerces. La CPME-NC a suffisamment dénoncé cette distance pour saluer, aujourd'hui, sa réduction.
Car ce qui compte n'est pas la photo de groupe. Ce qui compte, c'est ce qui suit.
Un changement de posture assumé par l'exécutif
La CPME-NC l'a écrit noir sur blanc : elle a été particulièrement sensible à l'esprit de bienveillance, d'écoute et de facilitation qui semble guider les premières actions engagées par Christopher Gygès.
Le mot « facilitation » mérite qu'on s'y arrête. Pendant des années, l'entrepreneur calédonien a eu le sentiment tenace de devoir affronter seul les obstacles administratifs, financiers ou réglementaires. Un dossier mal rempli ? Rejeté. Une procédure obscure ? Débrouillez-vous. Un projet innovant qui n'entre dans aucune case existante ? Circulez.
Ce climat a coûté cher.
Il a découragé des investisseurs, gelé des embauches, poussé des porteurs de projets vers d'autres horizons. On ne mesure jamais vraiment le prix d'une administration qui dit non par réflexe.
Christopher Gygès a déjà agi sur ce terrain. Le vice-président a adressé des courriers aux directions relevant de son portefeuille afin d'y rappeler plusieurs principes clairs.
Accompagner les porteurs de projets. Simplifier les procédures. Privilégier la confiance. Réduire les blocages inutiles.
Et surtout : considérer qu'un dossier incomplet doit d'abord appeler un appui, plutôt qu'un rejet.
Cette dernière phrase résume à elle seule un basculement culturel. L'administration cesse d'être un tribunal pour redevenir un service. Le postulat n'est plus la suspicion, mais la présomption de bonne foi de celui qui entreprend.
Pour la CPME-NC, cette approche « va dans le bon sens ». La formule est mesurée. Elle traduit pourtant une attente immense.
Produire, vivre, rayonner : le cap fixé
Reste la question qui décidera de tout.
Celle des actes. La CPME-NC ne s'y trompe pas et l'exprime sans détour : la Nouvelle-Calédonie a besoin d'un dialogue direct entre l'exécutif et le terrain. Elle a besoin de continuité, de concrétisation et de résultats visibles pour celles et ceux qui produisent, investissent, embauchent et prennent des risques.
Trois mots qui valent programme.
La continuité, d'abord, parce que rien n'abîme plus la confiance économique que l'instabilité des règles. Un chef d'entreprise ne raisonne pas au trimestre. Il engage des capitaux, signe des baux, forme des salariés. Il lui faut un cadre qui tienne.
La concrétisation, ensuite. Les intentions ne financent pas les salaires. Les circulaires ne remplissent pas les carnets de commandes. Entre l'annonce et l'effet réel sur le terrain, il existe un fossé que seule une administration mobilisée peut combler.
Les résultats visibles, enfin. Visibles pour l'artisan de Koné, le commerçant de Nouméa, le transformateur agroalimentaire de Bourail. Pas seulement dans les tableaux de bord institutionnels.
L'organisation patronale se dit prête à travailler aux côtés du gouvernement pour faire avancer les dossiers économiques essentiels. La main est tendue. Elle ne demande qu'à être saisie.
L'objectif, lui, est commun et il est écrit sans ambiguïté : permettre à la Nouvelle-Calédonie de produire, de vivre, de rayonner et de retrouver les conditions d'une croissance durable.
Produire.
Le mot a longtemps été relégué derrière les débats institutionnels. Il revient au premier plan, et c'est heureux. Un territoire qui ne produit plus ne décide plus de grand-chose. La souveraineté alimentaire, inscrite au portefeuille du vice-président, n'est pas un slogan : c'est une condition de résilience pour un archipel dépendant de l'extérieur.
Rayonner, ensuite. L'attractivité du territoire s'est abîmée. La reconstruire suppose de convaincre que la Nouvelle-Calédonie reste un endroit où l'on peut investir, entreprendre et réussir.
Rien de tout cela ne se décrète. Tout cela se prouve, dossier après dossier.
Cette rencontre du 19 août n'a rien réglé par elle-même. Elle a ouvert une porte. Les entrepreneurs calédoniens, eux, jugeront sur pièces comme ils l'ont toujours fait.
(Crédit photo : CPME Nouvelle-Calédonie)

