Quand les mots se veulent martiaux, la réalité institutionnelle rattrape vite le verbe présidentiel.
À Istres, Emmanuel Macron a livré un discours offensif qui sonne comme un aveu d’impuissance politique autant qu’un avertissement stratégique.
Un président en fin de règne qui joue la posture de fermeté
Sur la base aérienne 125 d’Istres, le jeudi 15 janvier, Emmanuel Macron est apparu avec un œil rougi, conséquence bénigne d’un vaisseau éclaté, qu’il a lui-même tournée en dérision. Une plaisanterie sur « l’œil du tigre », censée incarner la détermination, la puissance et la résilience, alors même que le chef de l’État évolue dans un paysage politique verrouillé, sans majorité à l’Assemblée nationale.
Derrière l’image, le contraste est saisissant. Un président affaibli politiquement, en bout de course institutionnelle, tente de reprendre la main par le registre régalien par excellence : la défense nationale.
L’Histoire ne pardonne ni l’impréparation ni la faiblesse, a-t-il martelé, invoquant le retour des puissances de déstabilisation.
Une formule lourde de sens, mais prononcée par un exécutif incapable de faire adopter un budget, condition pourtant indispensable à toute ambition militaire crédible.
Dans ce contexte, le discours ressemble moins à une démonstration de force qu’à un appel à la mobilisation lancé depuis une position de faiblesse, un coup de pression adressé aux députés plus qu’un véritable tournant stratégique.
Réarmement et impasse budgétaire : le grand écart macronien
Face à une Union européenne prise en étau entre la guerre menée par la Russie en Ukraine et l’affirmation de puissances extra-européennes, Emmanuel Macron a voulu se poser en contrepoint du fatalisme ambiant.
Pour rester libre, il faut être craint ; pour être craint, il faut être puissant, a-t-il déclaré, plaidant pour aller plus vite et plus fort.
Le chiffre est tombé : 36 milliards d’euros (4 320 milliards de francs CFP) supplémentaires pour accélérer le réarmement français, dont 3,5 milliards (432 milliards de francs CFP) dès 2026, alors même que 413 milliards d’euros (49 560 milliards de francs CFP) sont déjà programmés sur la période 2024-2030 via la loi de programmation militaire. Sur le papier, l’ambition est colossale. Dans les faits, elle se heurte à une réalité brutale : l’absence de budget voté.
La LPM, réajustée chaque année par le Parlement, reste suspendue aux blocages politiques. Sans adoption du budget de l’État, les crédits supplémentaires sont gelés, les commandes retardées et les industriels placés dans l’incertitude. Emmanuel Macron en a parfaitement conscience, appelant à une adoption de l’actualisation de la LPM « d’ici au 14 juillet ». Une échéance symbolique, mais qui souligne surtout l’urgence d’un pouvoir dépendant d’un Parlement qu’il ne maîtrise plus.
Industrie de défense : discours de guerre, économie de paix
Le chef de l’État n’a pas réservé ses critiques aux seuls députés. Les industriels de la défense ont, eux aussi, été directement interpellés.
Sommes-nous en économie de guerre ? La réponse est non, a-t-il tranché, pointant des cadences de production jugées insuffisantes, notamment dans le domaine des drones, où la France accuse un retard reconnu.
S’inspirant de l’exemple ukrainien, Emmanuel Macron a exigé de « produire plus vite, en volume, et de massifier », avec des systèmes plus légers et plus innovants. Il a insisté sur la nécessité d’augmenter les stocks de munitions, de renforcer la préparation opérationnelle et d’adapter l’industrie à une « compétition féroce ».
Mais là encore, le discours se heurte aux faits. Sans commandes fermes, sans visibilité budgétaire, sans stabilité politique, l’industrie de défense ne peut basculer seule en économie de guerre. Le président a d’ailleurs reconnu que la France ne subit pas « la pression des événements » comme l’Ukraine, avant de se reprendre : « Ne nous habituons pas ». Une formule qui sonne comme un aveu : l’alarme est verbale, pas encore structurelle.
Au final, ce discours d’Istres illustre toute l’ambiguïté du macronisme finissant. Un verbe martial, une rhétorique de puissance, mais un pouvoir entravé, dépendant d’un Parlement fragmenté et d’un budget incertain. En appelant à l’effort national sans disposer des leviers politiques pour l’imposer, Emmanuel Macron incarne moins le chef de guerre que le président en quête d’autorité, tentant de compenser par les mots ce que les institutions ne lui permettent plus d’imposer par les actes.


















