Îles Salomon : la santé, nouvel outil du soft power chinois dans le Pacifique

Résumé IA
À Honiara, la Chine développe depuis juin 2025 un centre médical au National Referral Hospital, avec des équipes chinoises effectuant consultations et interventions. En parallèle, elle forme des médecins locaux et introduit l’acupuncture, renforçant son influence dans les Îles Salomon depuis leur rupture avec Taïwan en 2019.
À Honiara, la Chine ne construit pas seulement des bâtiments : elle installe progressivement une présence durable dans le système de santé salomonais. Un an après l’ouverture d’un centre médical financé avec l’aide de Pékin, des milliers de patients ont été pris en charge et plusieurs spécialités médicales sont désormais disponibles localement.
Une coopération très concrète pour la population, mais aussi une démonstration de soft power chinois, dans un archipel devenu stratégique dans la compétition d’influence qui oppose Pékin aux puissances occidentales dans le Pacifique.
Pékin investit dans un secteur qui touche directement la population
Depuis juin 2025, le National Referral Hospital Comprehensive Medical Center de Honiara permet de proposer des soins qui étaient auparavant difficiles, voire impossibles, à réaliser aux Îles Salomon.
Cardiologie, dialyse, urologie, chirurgie mammaire ou neurochirurgie : plusieurs spécialités ont progressivement été développées avec l’appui d’équipes médicales chinoises.
Selon les chiffres communiqués par ces dernières, les quatrième et cinquième équipes chinoises ont enregistré 14 600 consultations et réalisé 191 interventions mini-invasives en un an.
Pour Pékin, l’impact est particulièrement visible : contrairement à un investissement dans un port, une route ou un bâtiment administratif, l’aide médicale touche directement les habitants dans leur quotidien.
Lorsqu’un patient peut être opéré à Honiara plutôt que partir à l’étranger, le bénéfice de la coopération chinoise devient immédiatement perceptible.
Quand un patient remercie directement la Chine
Cette dimension apparaît clairement dans certains témoignages relayés aux Îles Salomon.
Après avoir bénéficié d’une intervention médicale, un patient a notamment écrit sous une publication du ministère de la Santé qu’il soutenait la Chine parce qu’elle lui avait « sauvé la vie », ajoutant qu’une opération similaire à l’étranger lui aurait coûté une somme considérable.
Au-delà du cas individuel, ce type de témoignage illustre parfaitement le mécanisme du soft power.
La Chine ne cherche pas uniquement à exercer une influence par la diplomatie ou les investissements. Elle construit également une image de partenaire capable d’apporter des solutions concrètes dans des secteurs essentiels comme la santé, l’éducation ou les infrastructures.
Des médecins chinois présents depuis 2022
La province chinoise du Guizhou envoie des équipes médicales aux Îles Salomon depuis 2022.
La quatrième équipe est arrivée en mars 2025, avant l’ouverture du nouveau centre médical. Une cinquième mission a pris le relais en mars 2026 avec de nouvelles spécialités, notamment la neurochirurgie et la chirurgie mammaire.
Cette présence médicale s'inscrit dans la continuité d'autres opérations chinoises.
En 2023, le navire-hôpital militaire chinois Peace Ark avait fait escale à Honiara. Selon les chiffres publiés par Pékin, plus de 10 000 patients avaient été pris en charge en seulement sept jours.
Mais la stratégie chinoise semble désormais dépasser les missions ponctuelles.
Avec un centre médical permanent et des équipes successives de médecins installées sur place, Pékin transforme progressivement une opération humanitaire en coopération structurelle.
Former les médecins locaux pour inscrire la présence chinoise dans la durée
L'un des aspects les plus significatifs de cette stratégie concerne la formation.
Dans plusieurs services du centre médical, des médecins salomonais travaillent désormais directement avec leurs homologues chinois.
Ils participent aux consultations, aux préparations opératoires, aux interventions et au suivi des patients.
Neuf professionnels de santé salomonais ont également été envoyés en Chine pour suivre des formations en urologie, anesthésie, pathologie et médecine d’urgence.
Trois autres médecins ont rejoint un programme d'un an consacré notamment à l’acupuncture, à la physiothérapie et à la médecine traditionnelle chinoise.
L'objectif affiché par les responsables des équipes médicales chinoises est de transmettre les compétences afin que les praticiens locaux puissent progressivement travailler de manière autonome.
Mais cette politique crée également des liens humains, professionnels et institutionnels durables avec la Chine.
La médecine chinoise s’installe également aux Îles Salomon
Autre aspect du rapprochement : Pékin introduit progressivement certaines pratiques issues de la médecine traditionnelle chinoise.
L’acupuncture est notamment proposée à certains patients.
Un habitant souffrant de fortes douleurs au genou aurait ainsi retrouvé une mobilité normale après plusieurs séances, selon le témoignage rapporté par l’équipe médicale chinoise.
Cette dimension culturelle participe elle aussi au soft power de Pékin : au-delà des équipements et des médecins, la Chine diffuse également ses pratiques et son modèle médical.
Les Îles Salomon, territoire clé de l’influence chinoise dans le Pacifique
Cette coopération sanitaire intervient dans un contexte géopolitique particulier.
Depuis que les Îles Salomon ont rompu leurs relations diplomatiques avec Taïwan pour reconnaître Pékin en 2019, la Chine a considérablement renforcé ses relations avec Honiara.
Infrastructures, sécurité, diplomatie, formation et désormais santé : les domaines de coopération se multiplient.
La stratégie permet à Pékin de renforcer son influence sans nécessairement passer par des démonstrations militaires ou des discours politiques.
Un médecin qui soigne un patient, un chirurgien qui forme son homologue ou un hôpital qui évite une évacuation sanitaire peuvent parfois être plus efficaces, en matière d’influence, qu’un sommet diplomatique.
Le soft power chinois passe aussi par les salles d’opération
Aux Îles Salomon, la Chine semble donc développer une stratégie d’influence particulièrement concrète.
Les habitants bénéficient de services médicaux supplémentaires, tandis que Pékin améliore son image auprès de la population et consolide ses relations avec les autorités locales.
Le centre médical de Honiara en est une illustration : l’aide chinoise ne se limite plus à financer des infrastructures visibles. Elle s’installe désormais au cœur des services essentiels de l’État salomonais.
Et dans la bataille d’influence qui se joue actuellement dans le Pacifique, la blouse blanche pourrait devenir l’un des outils les plus efficaces du soft power chinois.
