Un feu de trop, et c'est vous qui payez la facture

Résumé IA
À Kunié, le maire Régis Vendegou signe un arrêté interdisant temporairement les écobuages et réglementant l’usage du feu sur tout le territoire communal jusqu’au 31 mars 2027. La mesure vise à prévenir les risques d’incendie, liés à El Niño, et s’applique aussi aux terrains privés, avec sanctions à la clé.
Une île, des forêts denses, des habitations collées à la végétation, des moyens de première intervention comptés sur les doigts d'une main.
À Kunié, un départ de feu ne se rattrape pas : il se paie.
Un arrêté qui ne laisse aucune zone grise
Le maire de l'Île des Pins, Régis Vendegou, a signé le 20 août 2026 l'arrêté municipal n° 2026-31. Le texte porte interdiction temporaire des écobuages et réglemente l'usage du feu sur l'ensemble du territoire communal.
La durée est claire : de la publication de l'arrêté jusqu'au 31 mars 2027 inclus. Sept mois pleins. Et la commune se réserve le droit de prolonger la période par un nouvel arrêté si la météo et le niveau de risque l'exigent.
L'article 2 énumère ce qui tombe sous le coup de l'interdiction. On y trouve les écobuages et brûlages de végétation sur pied, le brûlage des herbes, des broussailles, des branchages, des feuilles mortes et des résidus de cultures.
S'y ajoutent l'incinération des déchets verts issus de la tonte, de la taille, de l'élagage ou du débroussaillage, ainsi que les feux destinés au nettoyage ou à la préparation des terrains agricoles.
Interdit également : l'allumage de feux à proximité des forêts, des plantations, du maquis, des savanes, des habitations ou des voies publiques.
Le brûlage des déchets ménagers, plastiques, emballages, huiles, pneumatiques et de tout matériau susceptible de produire des fumées toxiques est proscrit sans discussion.
Enfin, le jet de mégots, d'allumettes ou de tout objet incandescent dans les espaces naturels ou depuis un véhicule entre lui aussi dans le champ de l'interdiction.
Le point qui compte, et que trop de communes évitent d'écrire noir sur blanc : la mesure s'applique à toute personne physique ou morale, y compris sur les terrains privés et les terres coutumières, sans préjudice des compétences des autorités coutumières.
Pas d'exception de confort. Pas de terrain hors-cadre.
Les feux de cuisson, eux, restent autorisés mais sous conditions strictes. Uniquement dans des installations fixes et sécurisées prévues à cet effet, placées à distance de toute végétation sèche, sous la surveillance permanente d'une personne majeure, avec des moyens d'extinction à portée de main, et totalement éteints après utilisation.
Les feux au sol, les feux de camp et les foyers improvisés sont interdits dans les espaces naturels, sur les plages, dans les zones boisées et à proximité des plantations.
Et si le risque incendie venait à être classé à un niveau élevé ou extrême, tout usage du feu pourra être suspendu, y compris la préparation des aliments en extérieur.
Les dérogations existent, mais elles sont encadrées. Les opérations des services d'incendie et de secours, les interventions destinées à assurer la sécurité immédiate des personnes et des biens, les brûlages techniques ou préventifs expressément autorisés échappent au texte.
Pour tout le reste, il faudra une autorisation écrite préalable du maire, délivrée après avis des services compétents et révocable à tout moment si la météo l'impose.
El Niño, la saison sèche et la mémoire des incendies de 2026
L'arrêté ne sort pas de nulle part. Il s'appuie sur trois constats que personne, sur l'île, ne peut sérieusement contester.
Le premier tient au climat. La commune vise explicitement le retour annoncé du phénomène El Niño et des prévisions faisant craindre une saison chaude particulièrement sèche. La Mairie appelle d'ailleurs la population à s'y préparer dès maintenant, en anticipant une fin d'année 2026 propice aux départs de feu.
Le deuxième constat est plus douloureux, parce qu'il est encore frais. Le texte rappelle les incendies survenus au début de l'année 2026 sur le territoire communal, et les risques importants de reprise et de propagation.
Le troisième constat relève de la géographie brute. L'insularité, l'étendue des zones boisées, la présence de nombreuses habitations à proximité immédiate de la végétation, et surtout des moyens limités de première intervention disponibles localement.
Ce dernier point mérite qu'on s'y arrête. Sur le Caillou, un feu qui échappe peut être attaqué par des renforts venus d'ailleurs. À Kunié, la mer complique tout. Le temps de réaction n'est pas le même. La marge d'erreur non plus.
L'arrêté le formule sans détour : tout départ de feu est susceptible de menacer gravement les personnes, les habitations, les infrastructures publiques, les exploitations agricoles, les espaces naturels, ainsi que le patrimoine environnemental et culturel de Kunié.
Voilà l'enjeu réel. Il ne s'agit pas d'une contrainte administrative de plus. Il s'agit de ce que l'île transmettra à la génération suivante.
La responsabilité de chacun, seule vraie muraille
Un arrêté ne suffit jamais à éteindre un incendie. Ce sont les comportements qui font la différence, et le texte l'a bien compris puisqu'il ne se contente pas d'interdire : il oblige.
L'article 5 impose aux propriétaires, locataires, exploitants et occupants d'entretenir régulièrement leurs terrains et d'éliminer les herbes sèches, broussailles et végétaux susceptibles de favoriser la naissance ou la propagation d'un incendie.
La méthode est imposée elle aussi : débroussaillage mécanique ou manuel, sans recours au feu. Les déchets verts doivent être évacués vers les lieux de collecte autorisés, broyés, compostés ou valorisés selon les modalités admises par la commune.
En cas de départ de feu, l'alerte se donne immédiatement en composant le 18 ou le 112, en indiquant le plus précisément possible le lieu, la nature et l'importance du sinistre.
Reste le volet sanction, et il n'a rien de symbolique. Les infractions seront constatées par les agents et autorités habilités. Les contrevenants s'exposent aux sanctions prévues par l'article R. 610-5 du Code pénal, sans préjudice des poursuites civiles ou pénales en cas de dommages causés aux personnes, aux biens ou à l'environnement.
Et surtout : les frais engagés pour maîtriser un incendie provoqué par le non-respect de l'arrêté pourront être mis à la charge de son auteur.
C'est la disposition la plus saine du texte. Celui qui allume paie. Pas la collectivité, pas le contribuable, pas les voisins qui ont respecté la règle.
L'exécution est confiée au secrétaire général de la mairie, aux services municipaux, à la brigade de gendarmerie de l'Île des Pins, aux agents habilités et aux services de sécurité civile. L'arrêté est transmis au haut-commissaire de la République au titre du contrôle de légalité, à la commissaire déléguée de la République pour la Province Sud et au directeur de la Sécurité civile.
Il sera affiché en mairie, diffusé dans les tribus et auprès des autorités coutumières, relayé sur les supports de communication de la commune et publié au Journal officiel de la Nouvelle-Calédonie.
La Mairie, dans son message à la population, résume l'affaire en une phrase qui vaut mieux que bien des campagnes de communication : elle compte sur la vigilance et la responsabilité de chacun.
Sept mois d'interdiction. Une île à protéger. Le reste ne dépend plus que des habitants.


(Crédit photo : province Sud)

