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Un tiers des patrons craint la faillite

16 septembre 2026 à 09:00
6 min de lecture
Un tiers des patrons craint la faillite

Résumé IA

Deux ans après les émeutes de 2024, le moral des chefs d'entreprise calédoniens remonte, avec un indicateur du climat des affaires à 105,6 points, son plus haut niveau depuis 2022. Malgré ce rebond porté par l'aide de l'État, 31 % des patrons redoutent une faillite et l'investissement reste en panne.

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Deux ans après les émeutes qui ont mis le territoire à genoux, le moral des chefs d'entreprise remonte enfin.

Un rebond réel, mesuré par l'IEOM. Mais il doit beaucoup à la solidarité nationale, et il ne masque ni la détresse des ménages ni la panne de l'investissement.

Un climat des affaires au plus haut depuis 2022

On revient de loin.

Au deuxième trimestre 2024, dans le sillage des violences de mai, l'indicateur du climat des affaires (ICA) s'était effondré à 65,0 points. Un plancher historique.

Deux ans plus tard, selon les tendances conjoncturelles publiées par l'IEOM en septembre 2026, l'ICA gagne 5,2 points et atteint 105,6 points. Son plus haut niveau depuis le troisième trimestre 2022, où il culminait à 108,2.

Ce rebond repose surtout sur la composante tournée vers l'avenir. Les chefs d'entreprise anticipent une meilleure activité, tandis que la pression sur les prix des carburants se relâche après le pic de juin. Le tout dans un contexte de renouvellement du congrès et des assemblées de province, et de poursuite du plan de relance de l'État.

Un signal ne trompe pas : le solde d'opinion sur l'activité prévue repasse dans le vert, à +0,7. Une première depuis le deuxième trimestre 2022. Ceux qui prévoient une hausse de leur activité sont désormais plus nombreux que ceux qui redoutent une baisse.

Précision utile : la méthode de l'enquête a évolué fin 2025, avec cinq modalités de réponse au lieu de trois, ce qui a conduit à réviser l'ICA du quatrième trimestre 2025 de 91,0 à 97,0.

Reste l'essentiel. Ce redressement s'est construit sur un soutien public massif. En 2025, les interventions totales de l'État, prêt garanti versé par l'AFD et aides aux usines métallurgiques compris, ont dépassé 337 milliards XPF, soit 35,5 % du PIB calédonien.

L'IEOM le dit sans détour : sans ce soutien, la continuité des services publics n'aurait pas pu être assurée.

Voilà une vérité que les contempteurs de la République feraient bien de méditer.

Mine, emploi, consommation : les moteurs redémarrent

Le nickel d'abord. Après une longue baisse jusqu'à fin 2025, son cours progresse de 19,7 % sur un an, aidé par la décision de l'Indonésie de réduire de 30 % ses quotas d'extraction pour 2026. Le marché mondial reste pourtant excédentaire, avec des stocks au LME en hausse de 36,5 % sur un an. Et la recherche de repreneurs pour les métallurgistes calédoniens se poursuit.

Sur le terrain, la mine repart. L'extraction progresse de 4,6 % sur le trimestre et de 21,2 % sur un an, portée par la reprise de plusieurs sites bloqués depuis les émeutes.

Quand on laisse travailler, on produit.

La métallurgie, elle, recule encore de 3,5 % sur le trimestre. Le ferronickel baisse de 0,8 %, le NHC de 6,1 %.

Côté emploi, le secteur privé a gagné 1 181 postes au premier trimestre 2026, soit une hausse de 2,2 %, pour atteindre 56 139 salariés. Les patrons se montrent aussi plus confiants sur leurs effectifs.

La consommation se réveille. La production de crédits à la consommation bondit de 35,7 % au premier trimestre puis de 27,6 % au deuxième. Les immatriculations de véhicules neufs achetés par des particuliers grimpent à 1 474 unités, en hausse de 22,4 % sur le trimestre et de 55,3 % sur un an.

La trésorerie des entreprises respire un peu. Le solde d'opinion reste positif pour le troisième trimestre d'affilée, après dix-sept trimestres dans le rouge. La baisse des prix des carburants début juillet a regonflé le moral.

Même le secteur primaire relève la tête : l'opinion des chefs d'entreprise sur leur activité redevient positive pour la première fois depuis début 2024. Les exportations de thons s'envolent de 69,2 %, quand celles de crevettes chutent de 20,2 %.

Ménages, BTP, tourisme : la facture des émeutes court toujours

Ne nous racontons pas d'histoires.

À douze mois, 31 % des entreprises redoutent encore une défaillance. C'est six points de moins qu'au trimestre précédent, mais bien au-dessus des 18 % relevés en 2023.

L'investissement, lui, est en panne. Le solde d'opinion stagne à -0,1 pour le quatrième trimestre consécutif. La production de crédits aux entreprises tombe à 12,4 milliards XPF, en recul de 10,4 % sur un an, loin de sa moyenne de long terme de 21,9 milliards.

Personne n'investit sans visibilité.

Le BTP reste à l'arrêt. Les ventes de ciment progressent de 16,2 % en données brutes, mais demeurent à des niveaux historiquement faibles, pendant que le coût des matériaux grimpe encore de 2,9 %. Seule lueur : les professionnels anticipent de nouveau une hausse d'activité, une première depuis fin 2023.

Le tourisme ? Un désastre qui s'installe. 31 104 touristes au premier semestre 2026, contre 53 716 en 2023, soit une chute de 42,1 %. Les lignes aériennes intérieures perdent 53,6 % de passagers, sur fond de pannes récurrentes de la flotte domestique et de conflit autour du transfert des vols d'Air Calédonie de Magenta vers la Tontouta.

Les prix pèsent. L'inflation atteint 0,9 % sur un an, mais l'énergie s'envole de 19,3 %. Conséquence du conflit au Moyen-Orient et du blocage du détroit d'Ormuz, le gazole a pris 52,6 % et l'essence 23,3 %. En juin, le litre culminait à 222,7 XPF pour le gazole et 191,4 XPF pour l'essence, contre 138 et 157,1 XPF un an plus tôt. Les prix baissent depuis juillet.

Le chômage recule en apparence : 2 425 bénéficiaires du chômage total en décembre 2025, contre 5 378 un an plus tôt. Mais cette baisse tient davantage aux fins de droits qu'au retour à l'emploi. Un millier de salariés dépendaient encore fin 2025 de l'allocation exceptionnelle de maintien dans l'emploi. Le gouvernement veut la prolonger jusqu'au 31 décembre 2026, via un projet de loi du pays adopté le 27 mai et transmis au congrès.

Et puis il y a les ménages. Ceux qu'on oublie trop souvent.

Les incidents de remboursement de crédits aux particuliers augmentent de 15,6 % sur un an. 97 dossiers de surendettement ont été déposés au deuxième trimestre, en hausse de 32,9 %.

La balance commerciale se dégrade encore : les exportations ne couvrent plus que 54,8 % des importations, soit 7,2 points de moins en un trimestre.

Le constat est limpide. La Nouvelle-Calédonie reste fortement dépendante des aides de l'Hexagone, alors que ses comptes sociaux étaient déjà dans le rouge avant les destructions de 2024.

La reprise existe. Elle se mesure. Mais elle ne tiendra que par la stabilité, le travail et la confiance. Pas par le chaos.

(Crédit photo : Info Gouv.fr)