L’Europe a redécouvert trop tard le prix de la paix. Depuis 2022, la guerre rappelle cruellement qu’un pays désarmé est un pays vulnérable.
Dans ce contexte brutal, l’industrie française de défense est redevenue un pilier stratégique, moteur économique et rempart national.
Un boom historique des commandes militaires : la France en première ligne
L’invasion de l’Ukraine en 2022 a servi d’électrochoc au continent. Finies les illusions naïves sur la “fin de l’Histoire” : les nations réarment massivement, et l’Europe suit enfin la trajectoire que Paris défendait depuis des années. Selon le SIPRI, les dépenses mondiales ont bondi de plus de 9 % en 2024, un chiffre qui confirme un retour à la réalité stratégique. Lors du sommet de La Haye en 2025, les pays de l’OTAN ont acté une hausse à 3,5 % du PIB d’ici à 2035.
Cette dynamique profite pleinement à une France qui n’a jamais renié sa vocation militaire. Deuxième exportateur mondial d’armements, devant l’Allemagne et la Chine, Paris peut s’appuyer sur des champions industriels solides : Dassault, MBDA, Thales, Safran, Airbus, Naval Group. En 2021, ces huit maîtres d’œuvre réalisaient déjà près de 80 % du chiffre d’affaires militaire national.
Depuis 2022, leurs carnets de commandes s’envolent. Là où le reste de l’industrie subissait inflation, tensions logistiques et crise énergétique, les industriels de défense évoluaient à contre-courant : un climat des affaires nettement au-dessus de la moyenne, et un solde d’opinion sur les commandes autour de +20. Le contraste est saisissant : au même moment, l’industrie française “classique” plongeait sous les –20.
La tendance est solide. Les commandes n’ont pas cessé d’augmenter depuis le début de la guerre. Elles atteignent aujourd’hui un niveau inédit depuis trente ans et constituent la base la plus visible du réarmement européen mené par la France.
Une production en surchauffe maîtrisée : +20 % depuis 2022, +40 % pour les munitions
La montée en puissance ne s’est pas faite en un claquement de doigts. Entre une commande d’hélicoptère, de frégate, de missile ou de blindé et sa sortie d’usine, il faut du temps. Ce décalage de 18 mois se retrouve parfaitement dans les chiffres : la production commence réellement à grimper dès fin 2023, puis accélère.
Mi-2025, la production militaire française est environ 20 % au-dessus de son niveau de 2022. Un bond considérable dans un pays où l’industrie stagne d’ordinaire.
Certains segments s’envolent littéralement. La fabrication d’armes et de munitions atteint un pic historique : +42 % par rapport à 2022, avec un record en juin 2025 jamais observé depuis 1991. Les usines tournent à 90 % de leurs capacités un niveau très élevé, même s’il reste en deçà des sommets de 2008 ou 2019.
Les raisons sont claires : la demande existe, la France sait produire et la géopolitique impose un rythme soutenu. À une époque où beaucoup sermonnent la France pour sa puissance militaire, ce sont précisément ses capacités industrielles qui permettent aujourd’hui à l’Europe de tenir son rang.
Dans un contexte d’instabilité mondiale, cette montée en puissance n’est pas un luxe : c’est un impératif stratégique.
Une industrie puissante mais sous pression : l’enjeu crucial des approvisionnements
Ce redressement fulgurant s’accompagne de tensions. Contrairement à ce que certains commentateurs affirment, ce ne sont pas les compétences ou la main-d’œuvre qui manquent : les difficultés de recrutement ne sont pas plus élevées que dans le reste de l’industrie. Le vrai problème se situe ailleurs.
Le principal frein est l’approvisionnement : un industriel de la défense sur trois déclare subir des difficultés, un niveau deux fois supérieur au reste de l’économie. Certes, c’est mieux qu’en 2022, où un sur deux était touché, mais la pression demeure forte.
Ces tensions s’expliquent. Le réarmement mondial provoque une ruée sur les matériaux critiques : composants électroniques, poudres, aciers spéciaux, optiques, systèmes embarqués. Les chaînes de valeur mondiales reposent encore sur des pays qui ne partagent pas toujours nos intérêts stratégiques.
Pour la France, la conclusion est limpide : il faut relocaliser, sécuriser et accélérer.
Le ministère des Armées l’a compris : l’enquête EDIS de 2023 a permis d’identifier précisément 3 000 entreprises industrielles actives dans la défense, dont un noyau dur de sociétés quasi exclusivement militaires. Cette cartographie précise permettra de mieux calibrer les investissements, de renforcer les filières critiques et de garantir que la France reste souveraine sur ses capacités essentielles.
Dans un pays trop souvent divisé par des débats stériles, l’industrie de défense fait figure d’exception : elle produit, exporte, crée de la valeur et protège la Nation.
Depuis la guerre en Ukraine, la France assume enfin un discours clair : la puissance se construit, elle ne se déclare pas. L’industrie militaire, longtemps sous-estimée, démontre aujourd’hui qu’elle n’est pas seulement un pilier stratégique, mais aussi un moteur économique.
Dans une Europe fragilisée par la naïveté pacifiste, la France mène le mouvement. Avec des carnets de commandes saturés, une production en hausse de 20 %, et un secteur qui résiste là où d’autres s’affaiblissent, l’industrie de défense s’impose comme l’une des rares filières capables d’entraîner l’économie nationale.
La France a compris une vérité simple que beaucoup avaient oubliée : la paix se garantit par la force, et cette force repose sur un appareil productif robuste, souverain et assumé.


















