Le vrai organigramme du pouvoir calédonien

Résumé IA
Le gouvernement calédonien a désigné, lors de sa séance du 19 août, ses représentants dans des dizaines d'organismes (établissements publics, comités, fonds). Milakulo Tukumuli, Philippe Dunoyer, Christopher Gygès, Alcide Ponga, Johanito Wamytan et Ernest Demene figurent parmi les noms les plus présents, tandis que de nombreux sièges restent « à désigner ultérieurement ».
Une séance hebdomadaire, des dizaines d'organismes, des centaines de noms. Le gouvernement calédonien vient de redistribuer les cartes de sa représentation.
Une séance du 19 août qui remet la machine en ordre de marche
Il y a des communiqués qui ne font pas la une et qui pèsent pourtant très lourd.
Celui publié mercredi 19 août par le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie appartient à cette catégorie. Lors de sa séance hebdomadaire, l'exécutif a désigné les représentants qui siégeront au nom de la Nouvelle-Calédonie dans une longue série d'organismes : conseils d'administration d'établissements publics, groupements d'intérêt public, comités, commissions, conseils, syndicats mixtes, fonds, observatoires.
La liste est vertigineuse. Elle occupe une quinzaine de pages.
Le gouvernement justifie l'exercice en des termes simples. La représentation de la Nouvelle-Calédonie constitue, écrit-il, « la garantie efficace d'une participation effective aux processus décisionnels » émanant de ces organismes extra-institutionnels. Traduction : sans représentants nommés, le Pays n'a plus de voix là où se prennent une partie des décisions qui l'engagent.
Deux objectifs sont explicitement affichés.
Le premier tient à la défense et à la promotion des intérêts de la Nouvelle-Calédonie, notamment pour que s'exercent dans de bonnes conditions les compétences qu'elle a déléguées aux établissements publics. Le second concerne le maintien d'une liaison permanente avec ces instances et, par voie de conséquence, un « reporting efficient » de leur activité.
Sur le papier, rien que de très classique. Dans les faits, ces désignations dessinent la carte réelle du pouvoir d'influence sur le territoire.
Car on ne siège pas pour rien dans un conseil d'administration. On y vote des budgets, on y valide des orientations, on y arbitre des recrutements de direction. C'est là, loin des tribunes, que se joue une part considérable de la gestion quotidienne.
De la santé au nickel : la carte des influences
Le document suit un découpage sectoriel qui épouse la répartition des secteurs entre membres du gouvernement.
Premier bloc : santé, protection sociale, transports. C'est le plus volumineux. On y retrouve l'Agence sanitaire et sociale (ASS-NC), les conseils d'administration du Centre hospitalier territorial Gaston-Bourret, du Centre hospitalier du Nord, du Centre hospitalier spécialisé Albert-Bousquet, l'IFPSS, le CREIPAC, l'ADANC, le Port autonome, Air Calédonie, la CAFAT.
Milakulo Tukumuli y apparaît avec une régularité de métronome : ASS-NC, IFPSS et son conseil technique, CAFAT, COSS qu'il présidera, conseil du handicap et de la dépendance, conseil calédonien de la famille, GIP Handicap, ADANC, Port autonome, Air Calédonie.
Philippe Dunoyer préside les conseils d'administration du CHT et du CHS. Paul Neaoutyine prend celui du Centre hospitalier du Nord, sur désignation du Congrès.
Côté économie, fiscalité et douanes, Christopher Gygès occupe le terrain : assemblées générales de la CCI et de la CMA, comité de l'observatoire des prix et des marges qu'il préside, conseil du numérique, Agence rurale, commission locale des dépôts des hydrocarbures.
L'Office des postes et télécommunications, l'un des plus gros employeurs du territoire, voit Naïa Wateou installée à la présidence de son conseil d'administration, entourée de huit représentants du Pays et de trois administrateurs.
Le secteur énergie et mines revient à Alcide Ponga, présent au Fonds nickel, à ENERCAL, à la commission des hydrocarbures et au comité de gestion du fonds d'électrification rurale.
Sur le volet budgétaire, Philippe Blaise préside le conseil d'administration de l'IFAP et siège à l'Agence pour le remboursement de la dette Covid, au comité consultatif du crédit et à la commission consultative d'évaluation des charges.
Johanito Wamytan concentre l'ensemble du champ « océan, mer de Corail, climat, recherche » : IFREMER, comité national de la biodiversité, Fonds de conservation de la mer de Corail, CNML, agence néo-calédonienne de la biodiversité, UNC, IUT, IRD, CRESICA.
La culture échoit à Ernest Demene, du centre culturel Tjibaou à la Bibliothèque Bernheim, du Conservatoire des arts au comité territorial de l'audiovisuel.
Enfin, l'Académie des langues kanak sera présidée par Billy Forest.
Une constante saute aux yeux : les mêmes noms reviennent, parfois dix ou quinze fois. Ce n'est pas un scandale. C'est arithmétique. Le nombre de mandats à pourvoir excède largement le vivier disponible.
Les cases vides, révélateur d'un millefeuille institutionnel
Reste le détail qui devrait retenir l'attention.
Le communiqué comporte, page après page, une formule qui revient inlassablement : « à désigner ultérieurement ».
Un suppléant ici. Un titulaire là. Parfois les deux. Parfois davantage : les quatre administrateurs d'Air Calédonie, les deux représentants des employeurs publics à la CAFAT, les deux personnalités qualifiées du COSS, les deux représentants au syndicat mixte de l'Institut d'archéologie, l'intégralité des sièges du conseil de formation de l'IFAP, les deux représentants du Pays à l'Observatoire de la législation civile et commerciale.
Le Conseil calédonien de la famille bat sans doute le record : six catégories de représentants y demeurent intégralement vacantes.
On peut lire cela comme un simple retard administratif. On peut aussi y voir la marque d'un système qui a proliféré au-delà du raisonnable.
Combien de comités, de fonds, d'observatoires, de commissions consultatives pour un territoire de moins de 270 000 habitants ? La question mérite d'être posée sans détour, à l'heure où les finances publiques calédoniennes imposent des choix douloureux.
Chaque instance mobilise du temps d'élu, du temps de fonctionnaire, des convocations, des comptes rendus, parfois des indemnités.
Le gouvernement écrit vouloir un « reporting efficient ». Le mot est juste. Encore faut-il que les représentants désignés siègent réellement, rendent compte réellement, et que le Congrès puisse contrôler ce qui se décide en leur nom.
C'est là le vrai test. Pas la publication d'une liste, aussi longue soit-elle, mais la capacité de ces représentants à peser sur des établissements qui consomment de l'argent public.
Le territoire n'a plus les moyens des postes décoratifs.
Il a besoin d'administrateurs qui lisent les comptes, posent les questions qui fâchent et refusent de valider par principe. Dans un contexte budgétaire tendu, la représentation institutionnelle n'est pas un honneur : c'est une responsabilité, avec obligation de résultats.
Les noms sont désormais connus. Le travail commence maintenant.
(Crédit photo : Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie)

