Le budget des armées a doublé

Résumé IA
Le budget des armées françaises double entre 2017 et 2027, avec 36 milliards d'euros supplémentaires prévus de 2026 à 2030. L'actualisation de la loi de programmation militaire 2024-2030 priorise la dissuasion, les munitions, les drones et l'espace. La loi crée un état d'alerte de sécurité nationale et instaure un service national militaire volontaire pour les 18-25 ans.
Trente-six milliards d'euros supplémentaires, en cinq ans. Et une conviction désormais assumée à Paris : la guerre de haute intensité n'est plus une hypothèse d'école.
Munitions, espace, drones : l'argent va là où ça manquait
Le constat est brutal, et il a le mérite d'être posé sans détour : le contexte stratégique se dégrade. La France en tire les conséquences budgétaires.
L'actualisation de la loi de programmation militaire 2024-2030 prévoit 36 milliards d'euros supplémentaires entre 2026 et 2030, dont 10 milliards dès 2026-2027. Cette enveloppe ne remplace rien : elle s'ajoute aux 413 milliards d'euros déjà programmés par la LPM du 1er août 2023.
Le cap est clair. Durcir le modèle des forces dans la perspective d'une éventuelle confrontation majeure sur le sol européen, scénario identifié par la Revue nationale stratégique.
Autrement dit : préparer les armées à ce que l'on préférerait ne jamais affronter.
Les crédits nouveaux visent d'abord les capacités les plus critiques. La dissuasion nucléaire, clef de voûte de la politique de défense française, reste au sommet de l'édifice. Viennent ensuite la défense aérienne, la lutte antidrone, les feux dans la profondeur, les munitions, les drones, l'espace alerte avancée comprise, la guerre électromagnétique et l'innovation.
L'effort sur les munitions est le plus spectaculaire.
8,5 milliards d'euros supplémentaires, soit une hausse de 53 % par rapport à la trajectoire initiale. Trois objectifs : gonfler les stocks, élargir l'éventail des types de munitions, et surtout développer les capacités industrielles de production. Car un obus qu'on ne sait plus fabriquer n'est pas une capacité militaire. C'est une dépendance.
L'espace, devenu un champ de conflictualité à part entière, reçoit 3,9 milliards d'euros supplémentaires 65 % de plus que prévu. Communications, renseignement spatial, capacités d'action en orbite : de nouvelles acquisitions satellitaires sont programmées, avec un recours accru à l'industrie du New Space.
La dronisation des conflits, elle, impose d'aller plus vite. Beaucoup plus vite.
Équiper les forces, se protéger de la menace, et disposer d'une industrie de défense à la pointe sur ce segment. À court terme, chaque unité disposera de son propre système de lutte anti-drones.
La défense du ciel suit la même logique de spécialisation : des systèmes d'armes adaptés à chaque type de menace, missiles, avions de combat, drones, munitions téléopérées. Avec un effort particulier sur les SAMP/T NG, dont les livraisons seront accélérées.
1,2 milliard d'euros supplémentaires iront aux feux dans la profondeur. Objectif affiché : disposer d'une capacité balistique conventionnelle d'une portée de l'ordre de 2 500 kilomètres à l'horizon 2035.
Le reste de l'enveloppe irrigue l'activité quotidienne des forces, celle qui ne fait jamais la une mais qui décide de tout le jour venu.
1,7 milliard d'euros pour durcir les forces terrestres, avec une priorité donnée à l'appui feu, à la protection des combattants et à des exercices calqués sur la réalité du terrain. 700 millions pour le combat naval : capacité d'emport en missiles doublée sur les frégates de défense et d'intervention, stock de bouées acoustiques renforcé. 3,4 milliards pour l'aviation de combat, qui permettront le lancement du standard F5 du Rafale, doté d'un missile air-air à longue portée et du futur missile de croisière STRATUS Rapid Strike. Enfin 2,9 milliards pour l'aviation de transport, avec l'anticipation de la livraison de six A400M et l'acquisition progressive de quatre Global Eye.
Ce surplus de commandes s'appuiera directement sur la base industrielle et technologique de défense française. Acteur essentiel de notre souveraineté et pas une variable d'ajustement.
L'État reprend la main sur l'industrie et la résilience nationale
Commander ne suffit pas. Encore faut-il produire.
La loi étend donc au soutien logistique, énergétique et sanitaire la possibilité de contraindre les entreprises à constituer des stocks, afin de garantir l'approvisionnement des forces armées en matériels de guerre et en équipements. Dans la même logique, le dispositif permettant à l'État de prioriser certaines prestations sur tout engagement contractuel est étendu à toutes les entreprises titulaires d'un marché couvrant les besoins logistiques, énergétiques et sanitaires des armées. Plus seulement l'armement.
Un opérateur d'importance vitale pourra également se voir imposer la constitution d'un stock minimal de toute matière, tout composant, tout rechange ou tout produit stratégique indispensable à la continuité de son activité.
Le contrôle des opérateurs privés de la défense se resserre lui aussi. Un régime de redevances renouvelé s'appliquera aux industriels en cas de cession, de location ou d'utilisation d'un bien dont le développement a été financé sur fonds publics dans le cadre d'un marché de défense et de sécurité. La logique est simple : quand le contribuable paie la recherche, il n'a pas à financer deux fois le même actif.
Les prérogatives des commissaires du Gouvernement au sein des entreprises stratégiques sont par ailleurs renforcées, avec notamment une participation aux instances de gouvernance et de surveillance.
Vient ensuite le volet résilience, validé dans son principe par le Conseil constitutionnel le 6 août 2026.
La loi crée un cadre permettant de rendre inopérants ou de neutraliser des drones aériens pour protéger certains opérateurs d'importance vitale, en cas de menace imminente ou pour prévenir un survol. Les opérateurs pourront s'appuyer sur des sous-traitants et prestataires pour cette mise en œuvre.
Les services de renseignement, eux, pourront recourir à la technique de l'algorithme afin de détecter les menaces graves visant la sécurité du pays.
Et surtout, la loi institue un état d'alerte de sécurité nationale, activable sur tout ou partie du territoire par décret en conseil des ministres en cas de menace grave et actuelle. Ce régime anticipe l'hypothèse d'une participation française à un engagement majeur de haute intensité, tout en tenant compte du risque d'actions hybrides déstabilisatrices menées simultanément sur le sol national. Mobilité militaire, infrastructures logistiques, accueil d'alliés, déploiement des forces, rapatriement de blessés, protection des opérateurs stratégiques : l'État se dote enfin des moyens d'agir vite.
Dernier verrou, celui du secret. Les agents et anciens agents des services de renseignement sont désormais soumis à une obligation de déclaration avant de publier un ouvrage portant sur leurs activités professionnelles, sous peine de sanctions pénales. Une procédure de déclaration s'applique également à certaines personnes travaillant en zone à régime restrictif et souhaitant exercer une activité pour le compte d'une entité étrangère.
Un service national militaire pour rappeler la Nation à ses devoirs
C'est peut-être le volet le plus politique du texte. Et le plus attendu.
La Journée défense et citoyenneté devient une Journée de mobilisation, recentrée sur la défense, les activités militaires et la cohésion nationale. Le recensement est adapté pour faciliter la mobilisation en cas de crise.
Surtout, la loi permet la montée en puissance du nouveau service national, exclusivement militaire, sélectif et volontaire.
Dix mois. En France. Pour des jeunes de 18 à 25 ans, qui rejoindront ensuite la réserve opérationnelle.
Cette création fait suite à l'annonce du président de la République le 27 novembre 2025, lors d'un déplacement à la 27e Brigade d'infanterie de montagne, à Varces, en Isère. La trajectoire est fixée : 3 000 appelés en 2026-2027, 4 000 en 2027, jusqu'à 10 000 en 2030, pour un coût de 2,3 milliards d'euros. En parallèle, la réserve opérationnelle doit atteindre 80 000 réservistes à cette même échéance.
Le message envoyé à la jeunesse française est dépourvu d'ambiguïté : la défense du pays n'est pas l'affaire exclusive d'une caste de professionnels.
Reste le chiffre qui résume tout.
Entre 2017 et 2027, le budget des armées françaises aura doublé. Et l'effort de défense devrait atteindre 2,5 % du PIB à l'horizon 2030, soit 76,3 milliards d'euros.
Une décennie aura suffi pour renverser la table. Ceux qui, hier encore, jugeaient l'armée coûteuse et son financement superflu apprécieront le retour du réel.
(Crédit photo : Ministère des Armées et des Anciens combattants)

