Le silence n'est pas une fatalité

Résumé IA
Du 25 août au 6 octobre 2026, le CHS ouvre sa vingtième session de Schiz'Dit !, un programme d'éducation thérapeutique pour les personnes vivant avec une schizophrénie et leurs proches. Créé en Nouvelle-Calédonie en 2013, il a accompagné près de 300 participants. L’initiative vise à mieux comprendre la maladie, améliorer la communication et renforcer le lien avec les professionnels.
Vingt éditions. Près de 300 Calédoniens accompagnés. Pendant que d'autres théorisent la santé mentale, le CHS, lui, fait le travail.
Un rendez-vous qui revient, et qui tient
Du 25 août au 6 octobre 2026, le CHS ouvre une nouvelle session de Schiz'Dit ! Mieux vivre la schizophrénie.
Vingtième édition.
Le chiffre mérite qu'on s'y arrête. Dans un paysage où les dispositifs naissent, communiquent et disparaissent souvent en trois exercices budgétaires, une initiative qui traverse les années sans s'essouffler dit quelque chose de sérieux sur ceux qui la portent.
Le programme s'adresse aux personnes vivant avec une schizophrénie et à leurs proches. Les deux publics, ensemble. Ce n'est pas un détail : c'est le cœur du dispositif.
Car la maladie ne s'arrête pas à la porte du cabinet médical. Elle entre dans les foyers, s'installe dans les repas de famille, pèse sur les frères, les sœurs, les parents. Ceux-là aussi ont besoin de comprendre.
Schiz'Dit ! est un programme d'éducation thérapeutique. L'expression paraît technique. Elle recouvre une réalité très concrète : donner aux gens les moyens de savoir ce qui leur arrive, et de faire quelque chose de ce savoir.
Comprendre la maladie. Comprendre les traitements. Et disposer de clés pour mieux vivre au quotidien.
Pas de promesse magique. Pas de discours consolateur. Des outils.
Ce que les participants viennent chercher
Le contenu du programme se laisse résumer en quelques objectifs, tous vérifiables, tous mesurables dans la vie réelle des familles.
Mieux comprendre la maladie et ses traitements, d'abord. Ce point paraît évident. Il ne l'est pas. Beaucoup de patients et de familles vivent des années avec un vocabulaire médical mal digéré, des consignes mal comprises, des traitements arrêtés faute d'explication claire. Le savoir est ici un instrument thérapeutique à part entière.
Améliorer la communication avec les proches, ensuite. Là encore, rien d'abstrait. Il s'agit de désamorcer les malentendus qui usent les familles, de trouver les mots quand ils manquent, de sortir du face-à-face épuisant entre celui qui souffre et ceux qui ne savent pas comment aider.
Renforcer le lien avec les professionnels et l'ensemble des acteurs du parcours de soin. Un parcours psychiatrique se joue rarement avec un seul interlocuteur. Médecins, infirmiers, structures d'accueil, associations : la cohérence de la chaîne conditionne le résultat.
Échanger, partager les expériences, avancer ensemble, enfin. Le collectif comme méthode. Ceux qui ont traversé l'épreuve avant les autres deviennent, de fait, une ressource pour les suivants.
Depuis sa création en 2013, près de 300 personnes ont bénéficié du programme.
Trois cents. Sur un territoire de la taille de la Nouvelle-Calédonie, ce n'est pas un chiffre anecdotique. C'est une cohorte. Et chacune de ces personnes est repartie avec des repères qu'elle n'avait pas en arrivant.
Une réponse calédonienne, sans fatalisme et sans complaisance
Il faut dire un mot de la philosophie qui structure ce programme, parce qu'elle tranche avec l'air du temps.
En Nouvelle-Calédonie, l'ensemble des acteurs de la santé mentale ont choisi de s'associer autour de trois messages. Insuffler l'envie de se préoccuper du sujet. Transmettre le sentiment que chacun peut agir à son niveau et être acteur de son bien-être. Et rappeler qu'au-delà de la maladie, des solutions existent.
Relisez la deuxième formule. Acteur de son bien-être.
Voilà une phrase qui refuse la posture de la victime passive. Elle ne nie rien de la difficulté la schizophrénie est une maladie lourde, personne ne prétend le contraire mais elle affirme qu'il reste toujours une marge d'action. Que le patient n'est pas réduit à son diagnostic. Que la famille n'est pas condamnée à subir.
Cette conviction rejoint la définition retenue par l'Organisation mondiale de la santé : une bonne santé mentale permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et d'apporter une contribution à la communauté.
Contribuer. Travailler. Réaliser son potentiel. Le vocabulaire de l'OMS est celui de l'activité, pas de l'assistance.
Le programme Schiz'Dit s'inscrit exactement dans cette ligne. Il vise à apporter aux patients comme à leurs familles une meilleure connaissance des symptômes de la schizophrénie, dans le but d'améliorer leur qualité de vie. Il permet aux familles d'échanger et de rencontrer des professionnels de santé.
Un point mérite d'être souligné avec insistance.
Ce programme annuel a été créé en Nouvelle-Calédonie. Il n'a pas été importé, plaqué, adapté à la va-vite depuis un modèle métropolitain. Il est né ici, conçu par des professionnels d'ici, pour des familles d'ici.
Et il répond aux exigences de la Haute autorité de santé.
Cette double caractéristique est précieuse. Elle démontre qu'une initiative locale peut atteindre les standards nationaux les plus exigeants sans rien perdre de son ancrage. Que la proximité et la rigueur ne s'opposent pas.
Dans un territoire où l'on débat beaucoup de ce qui devrait relever du local ou du national, voilà un exemple qui répond sans discourir : on fait, on fait bien, et on se soumet au contrôle.
La santé mentale reste, dans trop de familles, un sujet que l'on n'aborde pas. Par pudeur. Par crainte du regard des autres. Par ignorance, aussi.
Vingt éditions de Schiz'Dit ! démontrent que le silence n'est pas une fatalité.
Du 25 août au 6 octobre, le CHS ouvre à nouveau ses portes. Le programme existe, il est structuré, il est validé, il est gratuit d'accès pour ceux qu'il concerne.
Reste à le faire savoir.
Et à ceux qui hésitent encore, une seule chose à rappeler : trois cents personnes sont passées avant eux.
(Crédit photo : iStockphoto)

