La Chine menace, le Japon prévient, et Taïwan se retrouve au centre d’un bras de fer qui redessine l’équilibre stratégique en Asie. Au cœur de la tempête : le nouveau porte-avions chinois Fujian, cible potentielle d’un scénario de guerre assumé par Tokyo.
Le Japon alerte sur la menace chinoise et Pékin contre-attaque
La crise repart de plus belle entre Tokyo et Pékin. Tout part d’une phrase : lorsque la Première ministre japonaise Takaichi a jugé qu’un éventuel blocus ou une invasion de Taïwan constituerait une « situation menaçant la survie » du Japon, elle a implicitement activé la possibilité d’une réaction armée conjointe avec les États-Unis.
Pour Pékin, cette formulation est une ligne rouge franchie. La Chine a riposté immédiatement : démarche à l’ONU, appel direct à Washington, mesures commerciales punitives, un arsenal diplomatique complet pour signifier que la question taïwanaise n’est pas négociable.
Dans ce climat déjà électrique, une publication japonaise évoquant la capacité américano-japonaise de couler le porte-avions chinois Fujian a mis le feu aux poudres. Le ministère chinois de la Défense a balayé l’idée comme une « fantaisie » et assuré que l’Armée populaire de libération dispose des moyens pour infliger un prix lourd à quiconque viserait ses intérêts fondamentaux.
Le Fujian, nouveau symbole de puissance navale chinoise
Si Pékin réagit avec une telle fermeté, c’est que le Fujian est bien plus qu’un navire : c’est la vitrine d’une marine devenue en quinze ans la première d’Asie.
Troisième porte-avions chinois, premier équipé d’un système CATOBAR électromagnétique inspiré du modèle américain, le Fujian marque une étape stratégique majeure : décollages plus lourds, rayon d’action accru, capacité d’emport estimée entre 50 et 60 aéronefs dont le J-35 furtif et le radar volant KJ-600.
De quoi inquiéter Tokyo : un groupe aéronaval chinois opérant dans le détroit pourrait imposer sa bulle aérienne, perturber les voies maritimes et compliquer toute intervention américaine.
Les critiques venues des États-Unis – notamment l’idée que le Fujian serait « seulement à 60 % » des performances d’un Nimitz – ont été balayées par Pékin, qualifiant ces remarques de « raisins verts ». La Chine assure que la supériorité opérationnelle se vérifiera « par les faits ».
Taïwan, la ligne de front stratégique entre Japon et Chine
Pour Tokyo, le débat n’est pas théorique. Taïwan se trouve à seulement 110 km de Yonaguni, et les îles Senkaku, disputées par Pékin, à moins de 170 km de l’île autogouvernée.
Dans un conflit, la Chine devrait franchir des zones où patrouillent les forces japonaises. Une offensive visant Taïwan pourrait mécaniquement toucher le territoire japonais, ses bases ou ses voies maritimes. C’est pourquoi la doctrine japonaise considère désormais une attaque chinoise contre Taïwan comme un risque vital.
Le scénario envisagé par plusieurs responsables du ministère japonais de la Défense est clair : si la Chine engage le Fujian dans une opération contre Taïwan, les forces américaines et japonaises devraient neutraliser le porte-avions avant qu’il n’établisse sa supériorité aérienne.
Derrière cette escalade verbale se joue l’équilibre du Pacifique. Tokyo se prépare à défendre son environnement immédiat. Pékin, lui, rappelle que ceux qui menacent ses « intérêts centraux » « périront ».
Le détroit de Taïwan, déjà zone la plus explosive d’Asie, s’enfonce un peu plus dans la confrontation ouverte entre deux puissances irréconciliables.


















