J’ai allumé la radio pour m’informer.
Je me suis dit que c’était important.
Ils ont parlé de Saint-Louis.
Ils ont dit qu’il n’y avait pas d’allègement.
Mais ils ont expliqué qu’on avait quand même enlevé les postes fixes.
Du coup, j’ai noté mentalement : rien ne change, sauf ce qui change.
Ils ont parlé de dispositifs adaptés.
De patrouilles mobiles.
D’objectifs inchangés.
J’ai compris que tout était sous contrôle.
Enfin, sous contrôle verbal.
La mairie disait que c’était effectif depuis ce matin.
Le Haut-commissaire disait que c’était validé.
Les gendarmes étaient toujours là.
Mais autrement.
J’ai essayé de visualiser « autrement ».
Je n’ai pas réussi.
Un parti politique a râlé.
Il a rappelé un caillassage de la nuit dernière.
J’ai compris que la nuit dernière existait encore ce matin.
Du coup, j’ai serré le volant.
Même si je n’étais pas en voiture.
Après, ils ont parlé d’un cambriolage.
À Poindimié.
Des types sont entrés.
Ils sont repartis.
Ils ont laissé du gaz lacrymogène en souvenir.
Le propriétaire a respiré fort.
Moi aussi.
Ensuite, la météo.
Il faisait chaud.
Humide.
Instable.
Comme l’actualité.
Comme les routes.
Comme les discours.
Ils ont dit qu’il avait plu 90 mm.
J’ai pensé à mon linge.
Puis à une dépression la semaine prochaine.
Mais sans certitude.
Parce que même la météo préfère rester prudente.
Après, ils ont parlé du marché de Farino.
Des mangues.
Des ananas.
Un microclimat.
Un food court.
Des plats pas chers.
J’ai trouvé ça rassurant.
Quelque part, les mangues tiennent encore le pays.
Puis l’Australie brûlait.
Des hectares.
Des maisons.
Des villages rayés.
Mais les disparus ont été retrouvés vivants.
J’ai noté : tout brûle, mais parfois ça va.
Ensuite, la métropole.
Des motions de censure.
Des menaces de dissolution.
Le Mercosur.
Des agriculteurs tristes.
Très tristes.
J’ai senti que la tristesse était internationale.
Un détenu a agressé des surveillants.
Avec des ciseaux.
À la jugulaire.
J’ai arrêté de respirer deux secondes.
Puis j’ai repris.
Parce que le journal continuait.
Après, le Groenland.
Trump.
La manière douce ou la manière forte.
J’ai pensé que même les menaces avaient des options.
L’Iran.
Des morts.
De l’espoir.
Un possible leader.
Un « peut-être cette fois ».
J’ai pensé que le « peut-être » était devenu une politique mondiale.
Puis le sport.
Du tennis.
Un Français.
Un Autrichien.
Du vent.
De la chaleur.
La pluie qui menace.
Même le match hésitait.
À la fin, j’ai réalisé un truc.
Tout le monde parlait.
Tout le monde expliquait.
Tout le monde rassurait.
Et moi, j’écoutais.
J’ai compris que l’information ne calme pas.
Elle accompagne.
Comme une voix qui dit : oui, c’est instable, mais tu n’es pas seul à l’entendre.
Du coup, j’ai éteint la radio.
Il pleuvait.
Ou pas encore.
Bref.

















